Yves Pasquier-Desvignes
L’ÉLECTRIQUE STATIQUE.
C’est à Niort, lors du cinquantenaire de la concession historique Cachet Giraud, que le fraîchement ex-président de Volvo France, Yves Pasquier-Desvignes, s’est livré à une analyse sans concession du marché automobile. Alors que le secteur traverse une zone de turbulences et que l’Union Européenne envoie des signaux contradictoires sur la fin du thermique, le dirigeant réaffirme le cap du 100 % électrique.
Comment entretient-on 50 ans de confiance et comment la renouvelle-t-on ? Je crois que c’est le plus ancien partenariat. Le fait de parler à une famille que l’on connaît bien – puisque c’est une affaire familiale – facilite le relationnel. On passe les années difficiles comme les bonnes de la même manière. On se connaît bien et la vie n’a sans doute pas été un long fleuve tranquille.
Volvo a connu des hauts et des bas. Comment s’inscrire dans la durée aujourd’hui ? Il y a eu des très hauts et des très bas. Il y a onze ans, alors que c’était un « très bas », nous avons eu la chance d’avoir un nouvel acquéreur (le groupe Geely, ndlr). Il nous a dit : « Je mets à votre disposition les ressources dont vous avez besoin et vous refaites tout le design, les motorisations ».
C’est un groupe familial asiatique qui a sauvé la marque en ayant cette compréhension qu’il fallait donner énormément de ressources tout de suite et laisser les Suédois gérer toute la stratégie.
Comment repartir vers le haut alors que le marché automobile patine, notamment sur le neuf ? Parce que nous faisons partie d’un groupe solide financièrement et qui a une vision sur le long terme. Ils ont vu avant les autres que la décarbonation était un vrai sujet mondial. Ils ont fait des investissements énormes très tôt. Peut-être qu’ils les ont faits trop tôt parce que le marché et le monde « toussent » et veulent y aller moins vite. Mais eux se disent que c’est un accident de parcours à l’échelle des 20 années à venir. Il ne faut surtout pas lâcher l’affaire.
Le 100 % électrique peine pourtant à s’affirmer. Est-ce vraiment la seule solution ? Tous les constructeurs du monde vont vous dire que c’est une évidence : la seule technologie acceptable et qui, dans le long terme, permettra de réduire les particules fines et la pollution, c’est le 100 % électrique. Les autres solutions, comme le thermique ou l’hybride, sont là pour permettre de gagner du temps, tellement la rupture est difficile. Sauf que le client, pour le moment, n’achète pas de 100 % électrique, ou très peu.
Justement, l’Union Européenne semble vouloir assouplir l’objectif du tout-électrique et laisser une place au thermique au-delà de 2035. Êtes-vous surpris ? Je ne m’y attendais pas et je ne l’espérais pas spécialement. La question désormais est de savoir comment tout cela va s’organiser. On a créé un énorme chaos qui pousse moins sur l’électrique alors qu’il y a des usines de fabrication de batteries européennes qui sont en train de s’ouvrir, comme ACC ou Verkor en France. Si on laisse une espèce de libéralité au-delà de 2035 en disant qu’il peut y avoir encore des voitures thermiques, on se tire une balle dans le pied.
Pourquoi est-ce si dangereux de reporter ces échéances ? Plus vous reportez, plus vous tuez tout l’écosystème. Les énergéticiens et les fabricants de bornes se disent prêts. Mais si vous n’achetez pas, ils arrêtent.
Il y a des fabricants de batteries qui voudraient revenir en Europe pour moins dépendre de la Chine. Mais s’il y a zéro demande, ça ne démarrera pas. Vous aurez une catastrophe comme Northvolt (fabricant suédois, ndlr). C’était une initiative pour fabriquer des batteries européennes, à laquelle Volvo s’est associé. Résultat : demande zéro, faillite immédiate.
Comment gérer la question de la batterie, son usure et son recyclage ? Nous les garantissons 8 ans ou 160 000 kilomètres. Nous nous engageons sur des états de batteries vérifiables par tous via un QR Code. À moins de 70 % d’efficience, il faut changer. C’est là qu’intervient un plan de modification des cellules pour les ramener à au moins 90 % d’efficacité sur un véhicule d’occasion.
On est aussi déjà capable de détruire une batterie et de récupérer tous les éléments rares (lithium, cobalt, nickel) pour qu’ils repartent dans la production de neuves.
On parle aussi de batteries qui pourraient servir à alimenter nos foyers… C’est l’autre possibilité : la batterie servira d’unité de stockage. L’électricité ne se stocke pas bien. Ce sont les véhicules « to-grid ». Bientôt, vous brancherez votre voiture à la maison et votre maison sera complètement alimentée par la batterie de votre voiture. Dans 15 ans, nous aurons des unités de stockage où l’on pourra utiliser, lors des pics de consommation, de l’énergie à bas prix.
Le contexte politique actuel favorise-t-il cette transition ? On est malade de la politique en ce moment. La vision de transformation est horriblement compliquée. Par exemple, le poids des voitures devient très pénalisant. Or, une voiture électrique est plus lourde que les autres car les consommateurs demandent plus d’autonomie.
On marche sur la tête car on remet une taxe au poids sur l’électrique. La lisibilité qu’on est capable de donner à nos clients est en dents de scie. Ce n’est pas raisonnable tout ça.
@volvo_niort
Interview @gw_scanff
Photo @lambert_davis