Thomas d'Ansembourg « Mieux se connaître pour mieux vivre ensemble »

Thomas d’Ansembourg
« Mieux se connaître pour mieux vivre ensemble »

Ancien avocat devenu conférencier et thérapeute, Thomas d’Ansembourg milite depuis trente ans pour une société plus pacifiée. Dans ses interventions sur la communication non-violente, il souhaite une réconciliation entre nos émotions, nos besoins et nos interactions sans jamais cesser de s’interroger sur le sens de la vie.

Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je m’appelle Thomas d’Ansembourg, je suis belge. Depuis une trentaine d’années, j’enseigne une approche de connaissance de soi au service de la relation aux autres. Plus on comprend l’humain à l’intérieur de soi, plus on peut comprendre celui à l’extérieur. Cette connaissance de soi facilite considérablement les relations.

Quel est le message principal que vous souhaitez faire passer lors de vos conférences ?
Que la communication ne s’apprend pas, ou très peu. Ni à l’école, ni à l’université. J’ai fait des études de droit, j’ai été avocat, consultant juridique… Jamais je n’ai reçu un seul cours de communication ou d’intelligence émotionnelle. Pourtant, les juristes sont confrontés à énormément de relations humaines, de tensions, d’émotions. C’est un énorme manque.

« Beaucoup de conflits naissent d’un mal exprimé combiné à un mal écouté. »

Qu’est-ce qui vous a amené à quitter le droit pour la communication non violente ?

Dans mon enfance, même dans une famille aimante, j’ai vu des conflits, des incompréhensions, des silences pesants. Je me demandais : pourquoi, alors qu’on peut être prévenant, devient-on parfois aussi cassant, jugeant, divisant ? J’ai voulu comprendre ces mécanismes, que je n’ai nommés que plus tard grâce à la communication non violente.

Comme avocat, je me suis rendu compte que beaucoup de conflits naissent de malentendus, souvent d’un « mal exprimé » combiné à un « mal écouté ». Au lieu de dire ce que l’on souhaite vraiment, on s’exprime par reproches ou critiques. J’ai compris que mes clients avaient surtout besoin d’aide pour mieux se dire et mieux s’écouter.

Vous avez également travaillé bénévolement avec des jeunes de la rue. Cette expérience a-t-elle été déterminante ?
Oui, décisive. Pendant dix ans, avec une petite équipe, j’ai accompagné des jeunes pris dans la délinquance et les gangs. J’y ai compris que tant qu’on ne trouve pas un sens à sa vie, on peut être en errance, voire violent. Ce travail m’a donné envie d’aider les humains à trouver du sens.

Vous parlez beaucoup d’écoute de soi pour mieux écouter les autres. Comment faire dans une société ultra-connectée ?
Tout commence par ralentir. Enlever les écouteurs, poser les écrans. L’écoute de soi n’est pas spontanée : comme pour apprendre le piano ou le football, il faut du temps, de l’effort, un processus. Et ça ne s’improvise pas. Mais une fois cette conscience installée, tout change.

Vous dénoncez aussi la violence verbale comme terreau de violences plus graves…
Exactement. L’ironie, les reproches, les paroles blessantes peuvent faire aussi mal que des coups. Parce qu’on ne sait pas dire clairement ce qu’on veut, on envoie des messages confus ou agressifs. Clarifier nos besoins, c’est indispensable. Et cela passe par une hygiène psychospirituelle aussi évidente que l’hygiène physique.

Vous parlez d’une société qui cherche la paix à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur.
La publicité nous pousse à croire que le bonheur est dans l’achat, le confort ou le statut. Or, la joie profonde est intérieure. Les sagesses du monde nous invitent toutes à faire silence, à descendre en soi, à discerner. C’est ce que j’appelle une hygiène de conscience. Je suis convaincu que dans les années à venir, on introduira ce genre de rituels dans notre quotidien.

Votre livre interroge : « Notre façon d’être adulte fait-elle sens et envie pour les jeunes ? » Avez-vous trouvé une réponse ?
C’est une question ouverte à se poser chacun. Beaucoup de jeunes sont anxieux parce qu’ils ne voient pas d’exemples inspirants autour d’eux. Ils entendent de beaux discours, mais ils ne voient pas de cohérence. Gandhi disait : « L’exemplarité n’est pas une façon d’éduquer, c’est la seule. » Ce que je cherche, c’est être un adulte qui donne envie de grandir.

Vous aviez été très présent dans les médias au moment du Covid. Cinq ans après, que reste-t-il de cette crise ?
Beaucoup de gens espéraient un vrai tournant. Certains ont changé de cadre de vie, de travail, ont réinterrogé leur mode de vie. C’est une bonne chose. Mais globalement, la société n’a pas changé autant qu’on l’aurait souhaité. Les crises devraient être des opportunités de transformation. Malheureusement, elles sont souvent suivies de retours à la norme.

Des projets en cours ?
Oui, un nouveau livre est prévu pour le début de l’année prochaine. Et toujours ce même enthousiasme pour transmettre, partager. Je ne suis pas prêt de prendre ma retraite. Je continue tant que je me sens utile, avec joie

Interview et photo : Lambert DAVIS