SELAH SUE – L’instinct avant tout !
Selah Sue
L’instinct avant tout !
Des cheveux blonds et longs coiffés à la sixties, un visage mêlant vintage et modernité, une voix grave et cassée, un regard profond… La belge Selah Sue fait partie de ces personnalités immédiatement reconnaissables. Après un passage difficile par le trop fameux duo « dépression-médicaments », la voilà de retour avec un nouvel album. Accompagnée de The Gallands, celle dont le prénom d’artiste est tiré d’un morceau de Lauryn Hill répond à nos questions. A quelques semaines de son passage au Niort Jazz festival, rencontre avec une écorchée vive terriblement attachante.
elah Sue pourrait jouer le jeu du storytelling permanent, alimenter les réseaux, lisser son image et capitaliser sur un succès acquis très tôt. Mais l’incandescente belge préfère l’instinct au calcul. À l’heure où l’industrie musicale exige d’être visible en permanence, l’exigeante chanteuse revendique le silence, l’honnêteté et une création presque organique. Franche et sans fard dans ses réponses, elle évoque le poids du succès, son rapport ambivalent à la notoriété et cette quête obstinée d’une musique “pure”, loin du bruit et des postures. À quelques semaines d’un nouvel album et de son concert niortais, Selah Sue revient pour nous sur le succès précoce, la pression des réseaux sociaux et son besoin viscéral d’authenticité. Rencontre avec une artiste qui préfère la vérité à la posture.
Votre premier album vous a propulsée très rapidement sur le devant de la scène. Avec le recul, pouvez-vous dire ce que ce succès précoce vous a apporté, et aussi ce qu’il vous a peut-être pris.
Je pense surtout que ce n’est pas si simple. D’un côté, le succès rend certaines choses plus faciles, d’un autre côté, ça complique tout. Ça m’a apporté énormément d’expérience. J’ai voyagé pendant quinze ans avant d’avoir des enfants, et ça, c’est quelque chose d’absolument incroyable. J’ai joué dans des salles et des pays extraordinaires partout dans le monde. C’est vraiment le côté positif du succès. Mais il faut être très forte pour continuer à suivre le rythme, et à persévérer vers ce que vous avez envie de faire. Ça a toujours été un défi. Garder cette motivation, cette fraîcheur, cette envie n’est pas si simple quand on commence à avoir un vrai succès. Au final, je ne regrette rien. J’ai toujours fait la musique que je pensais juste. Mais ce n’était pas facile. Je ne peux pas dire que c’était facile.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est le plus important pour vous : votre propre désir d’évolution ou les attentes du public ?
Mon désir d’évolution prime sur le reste. Parce qu’au final, si je fais une musique vraie, qui me ressemble vraiment, le public le ressentira et sera présent. Si je fais quelque chose en pensant à ce que les gens attendent ou aimeront, ce ne sera pas authentique, et ça ne durera pas. Pour faire un bon art, un art vrai, il faut avant tout être profondément sincère avec soi-même. Tout doit partir d’une envie pure, honnête, profonde. Ensuite, je ne peux qu’espérer que cela touchera le public.
Votre voix est devenue une sorte de signature. Avez-vous parfois envie de la “détruire”, de la salir, de sortir de votre zone de confort ?
Oui, complètement. C’est un peu ce que je fais avec le nouveau spectacle que je prépare. Ce n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un spectacle commercial. C’est assez sombre. Par exemple, j’enregistre parfois à 5 heures du matin, quand ma voix n’est pas échauffée. Elle est alors plus brute, plus profonde. Je ne prends pas le temps de m’échauffer, justement pour expérimenter. Je travaille aussi beaucoup les harmonies pour rendre le tout plus intéressant.
On cite souvent Lauryn Hill ou Erykah Badu parmi vos influences évidentes, notamment parce que votre prénom vient de la chanson « Selah » de Lauryn Hill. Y en a-t-il de plus inattendues ?
C’est drôle, mais j’écoute plutôt de la musique électronique allemande très extrême, très dancefloor. Surtout quand je vais courir. Ça me donne une énergie, un feu intérieur qui se retrouve aussi dans ma musique. Je n’écoute plus vraiment Lauryn Hill ou Erykah Badu. J’écoute aussi de la musique classique, ou tout ce qui me touche profondément. Mais en réalité, j’écoute assez rarement de la musique. C’est étrange, mais je trouve plus mon inspiration dans ma vie, dans mes émotions. Je n’ai pas besoin d’écouter la musique d’autres artistes pour créer. J’ai juste besoin de vivre. C’est essentiel.
Pouvez-vous encore écouter de la musique sans l’analyser ?
Non. Et ça aussi, c’est très difficile. Ce qui me manque le plus, ce sont mes 16 ans, quand j’écoutais de la musique sans que ce soit mon métier. C’était pur, sans jugement, sans attentes. Aujourd’hui, quand j’écoute quelque chose, je me dis : “Je pourrais faire ça aussi , non? Est-ce que je devrais faire ça ?” . Cette candeur de l’auditrice, ça me manque énormément. Parfois, la musique me touche tellement que ça ne peut de toute façon pas être sain que j’en écoute tous les jours. Je dois choisir mes moments. D’autant que je suis totalement incapable de juste mettre de la musique en fond sonore. Ça me prend tout. Elle et moi, c’est une relation complexe.
Comment gérez-vous les réseaux sociaux et la nécessité d’être constamment présente ?
Je lutte contre ça, mais aussi avec ça. Certains jours, je me dis : “Les réseaux sociaux, pourquoi pas…”. D’autres jours, je suis plus heureuse, plus présente, si je mets mon téléphone de côté. Quoi qu’il en soit, je suis tellement soulagée de ne pas être une jeune artiste qui débute aujourd’hui, ça doit être extrêmement difficile. Je ne ressens plus le besoin de prouver quoi que ce soit. Les gens savent ce que je fais. Ma vie est à 99 % hors des réseaux sociaux, et j’adore ça. Je veux garder ça. C’est important pour moi de continuer à vivre normalement si je veux continuer à être équilibrée et à proposer de la bonne musique dans les prochaines années.
On a parfois l’impression que la musique ne suffit plus dans l’industrie musicale actuelle, qu’il faut aussi l’image, le storytelling…
C’est vrai. Et je me bats un peu contre ça. Je respecte les artistes qui veulent faire partie de ce “package global”, mais moi, je ne peux pas faire semblant. Je ne vais pas danser sur TikTok si ça ne me correspond pas. J’aime faire de la musique, monter sur scène, connecter avec les gens. Je n’ai pas envie de me transformer en produit pour vendre ma musique qui serait aussi devenue un pur produit. La musique, c’est la seule chose qui compte. Le reste, c’est du gadget. Du gadget qui fait peut-être vendre un peu plus, mais qui me donne l’impression de me perdre un peu, de ne plus être vraiment moi.
Vous souvenez-vous du moment où vous vous êtes dit : “Je ne suis plus inconnue” ? Et cela vous manque-t-il parfois ?
La célébrité, c’est peut-être quelque chose qu’il faut vivre pour comprendre parfaitement quels sont ses avantages, mais surtout ses inconvénients. Ce qui est formidable, c’est que je vis en Belgique. Ce n’est pas Londres ou les États-Unis avec les paparazzis. Il y a eu un moment où tout le monde voulait une photo en permanence, alors que je voulais juste manger avec ma famille. Aujourd’hui, ça n’est plus comme ça. Les enfants de 10 ans ne me connaissent pas forcément. Et j’aime ça. Si je pouvais faire ce métier sans jamais être reconnue, ça me conviendrait parfaitement. Je n’ai jamais cherché à être célèbre ou connue. C’est juste une conséquence quand ta musique commence à bien marcher, mais ça n’a jamais été un objectif.
Votre dernier album, Persona, date d’il y a trois ans. Quelle est la suite ?
Je sors un nouvel album avec The Gallands. C’est une musique très honnête, très organique : instruments live, batterie, claviers, basse, voix. Pas d’intelligence artificielle, pas de boîte à rythmes. Une musique pure, organique, sincère. Je suis très fière de ce projet et j’ai hâte de partir en tournée pour le partager au public.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur The Gallands ?
C’est un duo formé d’un père et son fils, Stéphane et Elvin Galland. Ils sont vraiment très talentueux. Leur musique marie esprit du jazz et électro, mêle grooves organiques, jazz contemporain et production avant-gardiste. Ensemble, ils ont façonné un son hybride, où la virtuosité de Stéphane et l’audace d’Elvin s’unissent pour créer une énergie scénique qu’on espère la plus électrisante possible.
La soul est un genre chargé d’histoire et de douleur. Comment rester moderne sans être enfermée dans la tradition ?
C’est une vraie question. Heureusement, je n’y pense pas quand je crée. Je laisse les choses venir naturellement. Je ne cherche ni à imiter, ni à m’inscrire dans quelque chose de précis. Sans ça, ça ne fonctionnerait pas ou ça sonnerait faux, ce que les gens verraient de suite. Je n’ai jamais pris de cours de chant. Beaucoup me disent que c’est une chance, parce que ça m’a permis de garder quelque chose de pur et d’authentique. Après toutes ces années, j’ai tendance à croire qu’ils ont raison.
Y a-t-il un mensonge qui aurait été dit ou écrit sur vous et que vous n’avez jamais pris la peine de corriger ?
Oui. Une fois, quelqu’un a écrit que j’étais ivre sur scène, alors que je ne buvais même pas à cette époque. Lire que je serais arrogante ou que je traiterais mal les gens, c’est aussi absurde. Le respect est très important pour moi. Vous pouvez l’écrire en majuscules (rires).
Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui lorsque vous montez sur scène ?
Je peux être très excitée, vraiment heureuse. Mais pour ça tout doit vraiment être aligné : l’énergie, le son, la connexion avec le groupe, le public, mon propre état. Quand tout est là, c’est vraiment magique.
Selah Sue and The Gallands – Movin’ (Because)
En concert le 24 juin 2026 au festival Niort Jazz festival (Scène du parc)