Parov Stelar Droit au coeur

Parov Stelar
Droit au coeur

Fin juin, le prince de l’électro-swing Parov Stelar se produira au Niort Jazz Festival. L’artiste revient avec nous sur sa carrière riche en moments forts.

Commençons par remonter un peu le temps. Vous avez commencé la musique assez jeune, qu’est-ce qui vous a donné envie d’être artiste ?

J’ai grandi dans un environnement créatif, ma mère est elle-même artiste. J’ai réalisé très tôt que les arts avaient un rôle très important dans ma vie, et que le plus fort pour moi, c’était la musique. Il est plutôt rare que les gens aient la chair de poule, ou se mettent à pleurer devant une peinture. Ça arrive, évidemment, mais c’est rare. Mais avec la musique, c’est beaucoup plus courant, parce que ça te va droit au cœur, c’est une véritable explosion d’émotions. Ça m’a toujours fasciné, tout ce qu’on peut provoquer en un morceau de trois minutes. 

La légende raconte que vous avez commencé l’électro-swing par accident, grâce à un vieux vinyle rayé…

C’est exact. A l’époque, je faisais beaucoup d’électro minimaliste, un peu de house, mais j’étais intéressé par toutes sortes de musique. J’allais tous les samedis au marché aux puces pour acheter des vinyles d’occasion. J’ai trouvé un best of de Billie Holiday, mais le disque n’était pas en très bon état, donc il sautait quand je l’écoutais. Ca a créé une boucle, et j’ai trouvé ça intéressant, alors je l’ai enregistrée puis j’ai rajouté des beats par dessus. C’était étrange, mais c’était un point de départ. 

Vous avez désormais plusieurs décennies de carrière au compteur. Quel est le plus gros changement auquel vous avez assisté depuis vos débuts ?

Il y a eu tellement de changements au fil des années, et les choses changent de plus en plus vite. Quelque chose qui est valable un mois ne le sera peut être plus le mois suivant. Pour moi, l’un des plus gros changements a été l’arrivée des formats numériques, comme le MP3. Quand j’ai commencé, il fallait presser des vinyles, ça coûtait très cher, je devais travailler dur à côté pour pouvoir le payer. Et tout à coup, les gens pouvaient sortir de la musique directement sur iTunes, et plus tard sur les plateformes de streaming. Il n’y a quasiment plus de limites, tout le monde ou presque peut sortir un album. Je pense que ça a véritablement changé le monde de la musique. Et maintenant, bien sûr, le modèle du streaming pose d’autres problématiques, donc il y a des bons côtés comme des mauvais. 

Quel a été le plus gros challenge auquel vous avez dû faire face dans votre carrière ?

Je dirais que ce sont les challenges d’aujourd’hui. La question du modèle du streaming, donc, mais aussi tout ce qui concerne les réseaux sociaux. Aujourd’hui, la qualité musicale, si ce que tu fais est bon ou mauvais, c’est presque devenu secondaire. Ce qui importe, c’est la visibilité que tu peux avoir. C’est seulement si les gens te voient qu’ils peuvent avoir la chance d’écouter ta musique. Le résultat, c’est qu’on a aujourd’hui beaucoup d’artistes qui passent plus de temps à créer des TikToks ou des réels Instagram qu’à faire de la musique. Pour moi, c’est signe qu’on va dans la mauvaise direction, parce qu’on a, de fait, une perte de qualité musicale. On a aussi des morceaux qui buzzent sur les réseaux sociaux, mais l’artiste, lui, n’est plus si important. Beaucoup de gens connaissent une chanson des réseaux sans en connaître l’auteur. Cette image de l’artiste se perd un peu. Si on pense à quelqu’un comme David Bowie, ça allait au-delà de la musique, c’était son image, ses tenues, son style de vie, les valeurs qu’il défendait… Les gens ne se consacrent plus vraiment à cet ensemble artistique, et c’est quelque chose qui me manque vraiment.

Avez-vous une idée de comment faire face à tout ça, ou comment régler ce genre de problématique ?

C’est une bonne question, et en vérité je me la pose tous les jours. Je ne pense pas qu’il faille dire que les réseaux sociaux soient le diable, ni qu’il faille les éviter à tout prix. Mais je ne veux pas non plus en être esclave. Je veux poster du contenu de qualité. Si j’ai quelque chose à dire, j’utiliserai ces plateformes pour m’exprimer. Mais qui a des choses réellement intéressantes à dire tous les jours ? Je refuse de commencer à parler de ce que j’ai mangé à midi (rires). Donc c’est un dilemme, et je pense que chacun doit trouver le meilleur équilibre possible dans tout ça. 

Au contraire, qu’est-ce qui a été particulièrement bénéfique dans votre parcours ?

Premièrement, il faut travailler, encore et encore, et plus dur que les autres. Je dirais que le talent, c’est 10% du processus. Le reste, c’est travailler, et avoir confiance. Mais quand je pense à ce qui m’a apporté du succès, c’est avant tout la scène. Jouer devant des gens qui repartent chez eux en ayant adoré le spectacle, donc ils reviennent la fois suivante, et ils amènent des amis avec eux. C’est quelque chose qui a grossi doucement, mais qui m’a apporté beaucoup de stabilité. La deuxième chose, en ce qui me concerne, c’est que ma musique ait été utilisée dans des publicités. Ça peut paraître bizarre, mais je viens d’un milieu assez underground, alors c’était très difficile de passer en radio. On me disait toujours “oh, ta musique est trop compliquée”. Mais pour la pub, les agences cherchent quelque chose qui sorte de l’ordinaire, que les gens n’entendent pas tous les jours, quelque chose d’unique. Ça a été un gros coup de projecteur pour moi. 

Après autant d’années de travail, quelles sont les sources d’inspiration qui sont, pour vous, inépuisables ?

Je vais vous dire un truc. Je suis réellement convaincu que quand on cherche l’inspiration, on ne la trouve pas. Parfois, ça me désespère, parce que j’ai envie de créer quelque chose, j’ai envie d’avoir cette satisfaction. Mais si je cherche, ça ne viendra jamais. C’est l’inspiration qui vient à toi, et non pas toi qui va la chercher. Pour moi, ça vient dans les petites choses du quotidien. Par exemple, une fois, j’ai vu un petit chat, il devait avoir six semaines, et il sautait partout plein d’énergie. Je me suis dit “oh mon Dieu, comment ces mouvements pourraient se traduire en son ?” et j’ai créé le morceau “Catgroove”. 

Pour les gens qui ne vous auraient jamais vu sur scène, comment décririez-vous vos concerts ?

C’est de l’énergie pure. On essaie de faire en sorte que les gens rentrent chez eux trempés d’avoir dansé autant ! C’est une fête, bien sûr, mais j’irai même au-delà. J’aime bien comparer ça à un rituel chamanique, où les gens dansent et entrent dans une sorte de transe. Quoi qu’il en soit, le but est que le public assiste à quelque chose de qualité, et d’unique. On pense aussi à l’aspect visuel, ce qui est très important pour moi, parce que j’ai étudié les arts, je suis aussi peintre. Je veux que la vidéo, la lumière, et tout ce que l’oeil pourra voir soit beau. J’essaie toujours de renouveler le spectacle sur chaque tournée. Je me mets à la place du public : ça m’ennuierait d’aller voir quelqu’un en tournée, puis de le revoir trois ans plus tard et qu’il joue exactement la même chose. Évidemment, on joue toujours les grands classiques, mais en tant qu’artiste, j’ai besoin de me renouveler un minimum, sinon je m’ennuie. Donc j’amène de nouveaux aspects. Restez à l’affût !

Avez-vous un souvenir de concert particulièrement mémorable à nous raconter ?

Je pense que mon concert favori était un concert français, à vrai dire. On a joué dans un festival, la Fête de l’Humanité, et il y avait des milliers et des milliers de personnes. Je n’avais jamais vu ça, je ne pouvais même pas voir le bout du public depuis la scène. C’est un souvenir qui restera dans mon esprit pour toujours. Il y a eu un autre concert français, aussi, au Zénith de Paris. J’avais quelques soucis familiaux à ce moment-là, et j’ai décidé d’inviter toute ma famille. C’était vraiment un moment spécial, l’ambiance était géniale, j’étais vraiment heureux et fier. 

Logo web @facebook.com/parovstelar

@Niort Jazz Festival – 25/06/205 

Drum (nouveau single disponible – Warner music)

Interview @kellyleguen

Photos: DR