MISS SUZY CHAMPAGNE & LILIE JACK
RÉTRO DANS LE VENT
Les artistes Miss Suzy Champagne et Lilie Jack explorent chacune à leur manière un univers singulier, inspiré du rétro, du cabaret, du jazz et de l’esthétique vintage. Derrière le glamour et les tenues de pin-up, leurs projets offrent également une réflexion sur notre époque et la place des femmes.
Miss Suzy Champagne, artiste burlesque et pin-up, fait revivre le glamour des années 40-50 à travers ses spectacles, tout en enseignant la danse et en dirigeant la troupe Glitter Gang et l’école IndépenDanse 79. Lilie Jack, artiste pluridisciplinaire, mêle chant et cabaret avec son album Cozy and Warm, un répertoire rétro créé avec le musicien niortais Josselin Arhiman. Rencontre avec deux artistes étonnantes qui nous entraînent au cœur de leur univers.
Qu’est-ce qui vous attire tant dans l’univers rétro et d’où vient cette passion ?
Miss Suzy Champagne : Ce qui m’attire avant tout, c’est l’élégance. J’ai aussi un vrai coup de cœur pour la lingerie et j’aime m’habiller dans cet esprit.
Lilie Jack : Pour moi, c’est surtout l’élégance de l’attitude. La posture reflète un état d’être. Aujourd’hui, on a parfois tendance à se laisser aller et à accorder moins d’attention aux autres.
Miss Suzy Champagne : Ma première passion, c’est la danse. J’ai commencé à l’âge de quatre ans. Le côté rétro est arrivé plus tard : d’abord l’amour du cabaret puis le burlesque, et enfin l’univers vintage. Mon modèle reste Marilyn Monroe. Quand je danse, toutes mes émotions s’expriment. C’est un univers très riche à explorer.
Lilie Jack : La danse est un point commun entre nous. Pour moi, la passion du rétro vient surtout de la mode, que j’ai étudiée en arts appliqués. J’ai été particulièrement marquée par les lignes de Dior. J’aime l’élégance et le raffinement. La musique, notamment le jazz, apporte également tout un univers. Dans ma famille, tout le monde chante, surtout les hommes.
Si vous pouviez remonter le temps, à quelle époque aimeriez-vous vivre ?
Miss Suzy Champagne : Je me verrais bien en pin-up française dans les années 50. J’adore poser pour des magazines, d’autant plus qu’il y a encore très peu de pin-up françaises aujourd’hui. C’est une petite fierté pour moi.
Lilie Jack : Pour ma part, je me verrais plutôt dans les années 60, en France ou aux États-Unis. C’était une époque d’insouciance, celle des premières vacances. Aujourd’hui, j’ai l’impression que tout est beaucoup plus contrôlé.
Cette nostalgie du passé traduit-elle une inquiétude face au monde actuel ?
Miss Suzy Champagne : Au contraire, j’ai envie de conquérir le monde et d’y apporter quelque chose. Nous sommes toutes belles, et j’aime transmettre cette idée.
Lilie Jack : Le monde actuel peut parfois être source d’angoisse, et je perçois parfois une certaine noirceur autour de nous. Nous sommes toutes les deux philanthropes, mais Miss Suzy Champagne est plus optimiste, tandis que je tends davantage vers le réalisme. Dans ce contexte, il me semble essentiel de recréer du lien, avec soi-même et avec les autres.
Vos spectacles sont-ils aussi une manière de mettre davantage en lumière la place des femmes ?
Miss Suzy Champagne : J’aime beaucoup l’esthétique de la mode des années 50, une période charnière entre l’avant et l’après-guerre. Dans mes cours de danse, j’essaie de transmettre un message aux femmes : osez être vous-mêmes et assumez pleinement votre sensualité !
Lilie Jack : C’était une époque à la fois rudimentaire et parfois enfermante pour les femmes. Pourtant, on y perçoit déjà un véritable vent de liberté, que l’on retrouve dans la musique et la photographie de cette période.
Avez-vous parfois le sentiment d’être en décalage avec les femmes de votre génération ?
Miss Suzy Champagne : Je ne suis pas surhumaine, je suis comme tout le monde. Mais je rencontre parfois des femmes qui ont l’impression de subir leur vie. Moi, je sais où je veux aller et je me donne les moyens d’y parvenir. Mes enfants m’ont toujours vue évoluer dans cet univers, que je fréquente depuis plus de vingt ans.
Lilie Jack : Tous mes amis sont des artistes donc je ne me sens pas vraiment différente dans ce cercle. Au sein de ma famille, je me sens aujourd’hui bien plus comprise qu’auparavant. J’ai surtout pris le temps d’apprendre à mieux me connaître.
Votre personnalité change-t-elle entre la scène et la vie quotidienne ?
Miss Suzy Champagne : Je suis à la fois Suzy et Miss Suzy Champagne. Dans la vie quotidienne, je reste moi-même mais sur scène, je suis plus extravertie. Ces deux facettes sont indissociables.
Lilie Jack : Je suis plutôt introvertie. Juste avant de monter sur scène, je ressens beaucoup de stress, mais une fois que j’y suis, je me sens complètement à l’aise. Je suis alors pleinement concentrée et dans ma zone de confort.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Miss Suzy Champagne : En parallèle de mon école IndépenDanse 79, je développe des événements artistiques comme Night Chérie, un spectacle d’effeuillage burlesque que j’espère proposer tous les trois mois dans un lieu dédié. L’aventure continue également avec le spectacle de fin d’année de l’école, les 12 et 13 juin, ainsi que des soirées cabaret avec mon Glitter Gang.
Lilie Jack : Cette année, j’ai repris des études d’Histoire de l’art à l’Université de Poitiers et j’espère intégrer une grande école à Paris. Ce qui me passionne particulièrement, c’est le lien entre l’art et l’humain, surtout sur scène : la différence entre ce que l’on montre et ce que l’on ressent réellement. Aujourd’hui, je chante avant tout par plaisir, un choix que j’assume pleinement et je tourne beaucoup moins qu’avant.
@miss_suzychampagne
@liliejack.chant
Interview @Hélène Morisseau
Photos @ realkafkatamura