MIKI
Le coup de coeur !
Des cheveux longs en pagaille, un visage pétillant, des textes ironiques et brillants, un tube « Echec et mat » suivi d’un premier album pop électronique brillant, Miki a tout d’une future grande de la pop française. A moins qu’elle ne le soit déjà ? Quelques semaines avant ses concerts de Poitiers et La Rochelle, rencontre avec un véritable coup de cœur.
Un papa français ingénieur dans l’aérospatiale, une maman coréenne, une naissance à Nice avant de grandir à Luxembourg où elle découvrira la bossa, le rock, le piano au conservatoire, le hip-hop, le rock indépendant, le rock psychédélique,… Quelques années plus tard, elle entame une carrière solo, et voilà que Metronomy la contacte pour une collaboration. N’en jetez plus. Avec un tel curriculum vitae, difficile de ne pas devenir une personnalité intéressante, pour ne pas dire passionnante. Pleine d’esprit, Miki a tout d’une gloutonne de 27 ans. Sa musique va vous avaler. Truffée de discrètes références (Vincent Macaigne, Aphex Twin), sa pop électronique s’écoute partout, par tous. Difficile de faire plus rassembleur qu’ « Industry plant », premier album libre, pétillant, en français. Un objet si addictif qu’il devrait figurer dans bon nombre de playlists. En attendant de la découvrir sur scène à Poitiers, La Rochelle ou ailleurs, rencontre avec un phénomène.
Après quelques singles et un EP, vous sortez un premier album, Industry Plant. Pourquoi le passage à ce format ?
C’était important pour moi de montrer différentes palettes de couleurs, de genres dans lesquels je voulais m’aventurer. Ce n’est que le début, d’ailleurs. Je voulais aussi créer un contraste avec mon dernier EP qui était un peu plus « poing en l’air », déversoir en mode journal intime. Dans ma personnalité, il y a aussi une autre facette de moi, plus observatrice, plus langoureuse. C’était important pour moi de m’exprimer par ces biais là, de créer d’autres branches qui sont plus de l’ordre du conte, comme Roger Rabbit ou Miki Cowboy. Créer différents personnages. Pour moi c’est important de créer un corpus de morceaux différents les uns des autres.
Quelqu’un qui ne creuserait pas votre musique pourrait rapidement penser que vous êtes comme une nouvelle chanteuse de pop française comme il en existe beaucoup. Ce qui serait une erreur.
Je n’écoute pas tant que ça de la pop. Encore moins de la pop française. Je trouve ça marrant qu’on puisse penser ça. Ne vous y trompez pas, la pop est un genre qui est très complexe. C’est un mélange de genres, de sous-genres, de niches, mis dans une espèce de ratatouille qui ressemble à de la musique pour tout le monde. Et qui est fait pour être écouté par des gens, pour dire les choses simplement, pour se faire comprendre. C’est beaucoup plus difficile que ce qu’on pense, d’être universel. C’est pour ça que maintenant, je respecte d’autant plus les chanteuses pop de ma génération. Ce n’est pas facile à faire.
Vous venez de commencer une tournée. Savez-vous qui est le public de Miki ?
Les gens qui écoutent mes chansons ? Il n’y a pas vraiment de profil spécifique. C’est assez dingue d’ailleurs. Il peut y avoir des filles de 7 ans, des messieurs de 70 ans. Il peut y avoir des filles, des garçons, des bi, des trans, des punks, des bourgeois, des blonds, des bruns. Il y a vraiment de tout. C’est surtout des personnes sensibles, je pense. Sensibles mais qui ont une paire de coucougnettes, je trouve. Ils sont assez rentre-dedans quand même.
Vous aimez des artistes exigeants comme Oneohtrix Point Never, vous avez collaboré avec Metronomy. Ne craignez-vous pas d’être considérée comme une simple chanteuse de pop française de plus, même si vous êtes sur un créneau bien différent ?
La musique parle pour elle-même. Si des gens veulent me considérer comme ça, tant pis pour eux. L’important, c’est la musique. Il n’y a que ça qui parle vraiment. Après ce que je fais, ça reste de la pop française. La seule question qui compte c’est « Est-ce que ça te touche ou est-ce que ça ne te touche pas » ? C’est ça qui compte, la musique.
Si la musique est la seule question qui compte, pouvez-vous nous dire pourquoi vous vous êtes faites virer plus jeune du conservatoire de musique ?
Parce que justement, ce n’était pas de la musique (Rires). Ce n’était pas de l’expression en tout cas. Ce n’était pas de l’expression musicale. C’était un concept où on veut te faire rentrer dans des rangs en fonction de règles de gens qui ont mis ça en place il y a des années. En fait, ça ne me ressemblait pas et ça me dégoutait plus qu’autre chose, même si je suis très reconnaissante de ces dix années passées au conservatoire. Cela me permet d’avoir un bon toucher au piano. Comme un toucher de balle au tennis. Et d’avoir les muscles pour pouvoir bien approcher cet animal qu’est le piano. Je m’étais barrée justement pour faire de la musique différemment. J’ai alors commencé à faire du jazz et j’ai compris différemment comment lire une partition. Rien que ça, c’était hyper novateur pour moi. C’est comme si ma tête était un rubik’s cube. J’étais coincée sur une face pendant longtemps, longtemps. Et d’un coup, plein d’autres options, plein d’autres propositions, plein d’autres manières d’approcher la musique. C’est trop bien.
Votre musique est hyper sucrée et a des aspects plus « dirty ». Dans la production, il y a parfois un côté un peu sale, enfin pas parfait.
Exactement.
Comment produisez-vous vos morceaux ?
Dans l’album, il y a un mélange de plein de choses. Il y a des démos qui existaient déjà. Cet album a été fait dans une période assez concentrée, juste après l’EP « Graou ». Beaucoup de morceaux ont été faits directement en studio. Même l’écriture. La différence, c’est que ça s’est fait beaucoup plus spontanément, de façon plus instantanée. Je sortais de trois ans de recherche, pour savoir comment je voulais écrire, trouver la direction dans laquelle je voulais aller. Cet album m’a permis d’avoir un esprit de porte ouverte à la spontanéité et à l’improvisation. Il y a des morceaux dedans qui sont des démos. Yes, par exemple, était dans mon ordinateur. Switch switch vient d’une proposition de LUCASV, un des producteurs de l’album. Roger Rabbit a été fait à trois en studio. Aphexion vient d’une boucle que j’avais dans mon ordinateur. C’est un patchwork de plein de trucs. Contrairement à l’EP, il y a beaucoup de morceaux qui se sont faits à un moment M et qui ont été le miroir d’un état d’âme sur ce moment.
Contrairement à son nom, votre morceau Echec et mat a tout d’un tube de l’année 2025. Sans vous comparer à Radiohead, n’avez-vous pas peur qu’il vous colle à la peau comme une forme de malédiction, comme Creep pour eux ?
Bien sûr. C’est déjà un peu le cas. Le plus dur, c’est peut-être quand c’est un morceau dont les paroles ne sont pas très personnelles. C’est tellement personnel, Echec et mat. Même si ça devait me coller à la peau, je le redécouvre un peu à chaque fois. La manière dont c’est écrit continue de me faire rire. Finalement, heureusement que c’est tombé sur ce morceau-là, et pas sur un morceau dont les paroles m’auraient lassées très rapidement.
Ton site internet s’appelle Mikipédia. Wikipédia, c’est un site que tu utilises souvent ?
Pour toutes les personnes de ma génération, c’était quand même la source d’informations pour les devoirs. Ça permettait de trouver la synthèse du livre qu’on n’avait pas lu le lundi matin dans les couloirs de l’école. L’outil solution à la procrastination du week-end ! Aujourd’hui, Wikipédia n’est pas forcément la meilleure source d’informations. C’est une source qui a été démocratique et collaborative parce que n’importe qui peut y contribuer. Du coup, il y a aussi beaucoup de fausses informations dessus. Mais c’est marrant ce concept. J’aime bien l’idée de Mikipédia. C’est comme si je faisais partie de cet univers, de cette encyclopédie.
Vous parliez de procrastination. Un mot qui ne vous convient pas trop puisque vous êtes en tournée depuis octobre et jusqu’au mois de mai 2026. Comment abordez-vous cet évènement ?
Je ne sais pas parce qu’elle n’a pas encore eu lieu. Je pense que je vous en reparlerai en mai quand ce sera passé. Je suis très contente de pouvoir tourner avec une équipe. Pendant longtemps, on était deux sur la tournée, voire trois quand mon manager était là. Là, je vais avoir un régisseur, une backlineuse, deux musiciens sur scène qui sont à la batterie et à la guitare. Je vais avoir des parties instrumentales que j’ai jamais eues avant. C’est aussi un concert qui est beaucoup plus long. Presque une heure et demie. Avec des parties au piano. La tournée, c’est un moyen idéal pour moi de changer le concert, de le faire évoluer. C’est hyper stimulant.
Vous allez venir en concert à Poitiers en novembre, puis à La Rochelle en février. Des coins que vous connaissez un peu ?
Poitiers, non. La Rochelle, je suis déjà passée par là. Niort, par contre, je connais. J’y suis déjà allée deux fois. La première le lendemain de mon Cabaret sauvage à Paris en mars, et une autre fois parce que j’ai un ami qui habite là-bas. J’adore cet endroit.
Au fait, vous allez bientôt approcher de l’âge fatidique du club des 27.
C’est vrai que je vais bientôt avoir 27 ans. Mais le club des 27, j’en ferai partie si je meurs avant d’avoir 28 ans, non ? Et je ne prends pas d’héroïne, donc je devrais m’en sortir. Ou alors je vais mourir d’une autre manière. Peut-être avec un camion ou une voiture qui roulerait trop vite sur ma piste cyclable. Ou dans un avion qui se crashe. C’est la plus belle façon de mourir, non ? (Rires)
En concert le 26 février 2026 à La Rochelle (La Sirène)

Interview @Albert_Potiron
Crédit photo : Frankie @ Nikki / DR