Matthieu Lartot La passion du sport

Matthieu Lartot
La passion du sport

Ancien chroniqueur télé, passionné de sport devenu humoriste à plein temps, Paul de Saint Sernin signe un premier spectacle à son image : lucide, joueur, et toujours en mouvement. 

« Même après un coup dur, on peut continuer à avancer, à vivre avec ambition : c’est ce moteur-là, nourri par le sport, la famille et la passion, que Matthieu Lartot veut transmettre. »

Vous avez un premier souvenir de sport, enfant, qui vous a marqué ?
Pas forcément par le journalisme, mais oui, j’en ai beaucoup. Je pense à la victoire de Yannick Noah en 1983 à Roland-Garros. C’est l’un de mes premiers grands souvenirs, la scène où son père le rejoint sur le terrain… ça m’a marqué. Ensuite, ado, il y a eu les Tournois des Cinq Nations, la victoire de la France contre les All Blacks en 1999, ou encore la Coupe du monde 1998. Ce sont des moments de pure émotion, et c’est ce pouvoir de rassemblement du sport qui m’a donné envie d’en faire mon métier.

À quel moment le journalisme est devenu une vocation ?
La passion pour le journalisme, elle m’est venue assez tôt, au collège. J’aimais écrire, lire, j’étais curieux, et ma mère me nourrissait beaucoup de ça. Je m’y voyais déjà, en fait. Le goût du geste sportif, de la grâce dans un mouvement, ça, c’est venu plus tard, en pratiquant le métier.

Vous avez évoqué Michael Jordan : pourquoi lui ?
Pour moi, c’est l’athlète absolu. Il avait une manière de jouer, une puissance qui traversait l’écran. Jordan a impacté toute une génération, il représentait une Amérique inaccessible, de pop culture. Même LeBron James, que j’admire, ne l’égale pas. Jordan, c’est au-dessus, pour moi, tous sports confondus.

Le sport a changé. Que pensez-vous de l’arrivée des réseaux sociaux dans le traitement journalistique ?
Ça a tout bouleversé. Aujourd’hui, à France Télé, le numérique a pris une place énorme. Les jeunes journalistes sont débrouillards, ils maîtrisent les outils. Mais je trouve qu’il manque parfois de rigueur, de culture sportive. On produit plus vite, on met en ligne plus vite… mais au détriment de la profondeur.

Vous avez à votre tour un rôle de mentor ?
Oui, clairement. Je suis exigeant, comme ceux qui m’ont formé à l’époque. Je transmets ce qu’on m’a inculqué. Cette rigueur, cette curiosité. Même si les jeunes sont souvent plus autonomes, il faut qu’ils comprennent les fondations du métier.

Vous êtes resté fidèle à France Télévisions. Pourquoi ne pas avoir été tenté d’aller ailleurs ?
Parce que France TV m’a offert une richesse incroyable : du direct, des émissions, des grands formats, des documentaires, des Jeux Olympiques… J’aurais peur de m’ennuyer ailleurs. Mon métier, je l’aime dans sa diversité.

Et si France Télé perdait les droits du XV de France ?
Ce serait une vraie question pour moi. J’ai un attachement fort au XV de France. Mais pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour.

Quand vous avez annoncé votre deuxième cancer, vous avez choisi de le faire vous-même. Pourquoi ?
Je ne voulais pas que ça sorte n’importe comment. Je savais que j’allais devoir m’absenter de l’antenne, et je voulais que ce soit moi qui le dise. C’était important pour ma famille, pour mes enfants. J’ai tout coordonné avec France TV, j’ai envoyé un mail en interne, puis j’ai publié un post sur Instagram. Je voulais garder la maîtrise.

Le sport vous a-t-il aidé à traverser la maladie ?
Énormément. Dans mon centre de rééducation, je me suis accroché à un autre patient, Adama. On était tous les deux amputés, et on s’est tirés vers le haut, comme dans une équipe de rugby. Les soignants n’avaient jamais vu deux personnes remarcher aussi vite. Ce sont des moments très forts. Mon métier, ma passion, ont été des moteurs.

Vous aviez un coach mental ?
Non. Mon coach mental, c’était ma femme, mon père, ma mère. J’avais de la visite tous les jours. Ce soutien, ça fait toute la différence. J’ai vu des gens qui, parce qu’ils étaient seuls, restaient dans un fauteuil, sans oser la prothèse. C’est une question de mental, mais aussi de solitude.

À votre retour à l’antenne, les regards ont changé ?
Pas de pitié, et heureusement. Je n’accepterais pas qu’on me traite différemment parce que je suis handicapé. En revanche, j’ai reçu un soutien incroyable du public. Des gens m’ont écrit, m’ont parlé de leur propre combat. C’est bouleversant.

Vous êtes très engagé sur les questions d’accessibilité. Pourquoi ?
Parce que rien n’est fait pour nous. Les stades, les métros, les salles de spectacle : c’est un enfer. On parle beaucoup des Jeux Paralympiques, mais il ne reste pas grand-chose derrière. L’inclusion, ça ne peut pas être 14 jours tous les 4 ans. C’est tous les jours.

Vous avez un projet de documentaire pour faire bouger les choses ?
Oui. Je voudrais mettre des responsables politiques en situation de handicap pendant deux jours à Paris. Qu’ils se rendent compte à quel point c’est difficile. Ce n’est pas une question de confort, c’est une question d’autonomie. Et aujourd’hui, on en est loin.

Le mot de la fin ?
Je crois que tout est une affaire de moteur. Moi, j’en ai trouvé plusieurs : le sport, ma famille, mon métier. Mais le plus puissant, c’est celui de se dire qu’on peut continuer à avancer, à vivre avec ambition, même après un coup dur. Et ça, je veux le partager avec le plus grand nombre.

Crédit photos : @gwenolescanff

Interview : @ch_taker