Les Rabeats
Pionniers d’un phénomène.
Avant que les tribute bands ne deviennent un phénomène de masse, les Rabeats posaient déjà leurs valises sur les scènes françaises. Vingt-cinq ans plus tard, le quatuor explosif continue de revisiter l’univers des Beatles avec une énergie intacte. Rencontre avec Flamm et Sly, témoins privilégiés de l’évolution de ce mouvement musical.
Kiss a récemment évoqué l’idée de transmettre le flambeau en homologuant un jeune groupe. Que pensez-vous de ce phénomène des tribute bands qui a explosé ces dernières années ?
Sly : Quand on a démarré notre groupe, on ne connaissait pas ce terme. On ne s’identifiait pas comme un « tribute band ». On a fait peu de soirées consacrées à un hommage aux Beatles. Après, c’est vrai qu’on satisfait une demande de fans du groupe qui sont nostalgiques.
Flamm : Reprendre la musique d’un groupe est assez répandu. Par exemple, le groupe Dr. Feelgood n’a plus de membres d’origine. Pour les Rolling Stones, il n’y en a plus que deux. Je me souviens du concert de Led Zeppelin à l’O2 Arena où Jason Bonham a remplacé son père à la batterie. Le flambeau peut être transmis au sein de la famille tout comme à d’autres artistes.
Vous étiez donc des précurseurs ?
Flamm : On est arrivé avant la folie des tribute bands. Notre manager nous a poussé à faire la scène mythique de l’Olympia, qui était pleine à craquer. On a dû faire plus de mille concerts. Quand on a créé les Rabeats, on se disait « si ça dure un an, ce serait déjà super ». On a toujours fait ça pour le fun. On aurait jamais pu parier que 25 ans après, on jouerait encore.
« Quand on a démarré notre groupe, on ne connaissait pas ce terme. On ne s’identifiait pas comme un ‘tribute band’. »
Qu’est-ce qui différencie un bon tribute band d’une simple copie ?
Flamm : J’ai jamais voulu faire un copier-coller de Ringo, je ne saurais pas le faire. Le son n’est plus le même, l’époque est différente aussi donc les gens n’attendent plus la même chose. Par contre, je suis persuadé qu’il y a toujours des puristes qui pensent qu’on « profane » la musique des Beatles.
Sly : Recopier, c’est faire une musique sans vie. Ce que je trouve super avec notre bande, c’est que le nom des Beatles n’apparaît pas dans le nom du groupe. Les gens viennent au concert pour voir les Rabeats, finalement.
Vous apportez donc une touche personnelle dans vos interprétations…
Flamm : Beaucoup de fans viennent à vos concerts pour voir les Beatles. Finalement, ils se disent qu’ils sont venus voir les Rabeats.
Sly : On ne se gêne pas pour déborder physiquement du cadre des Beatles. Si on veut se croiser sur scène, on le fait. Peu importe. Par contre, on ne parle qu’en anglais pour ne pas gâcher la magie et on a nos costumes conformes à l’époque des Beatles. On ne s’est jamais posé la question de savoir si on devait se limiter dans nos mouvements pour rester fidèle à l’attitude des Beatles.
Quelle est votre réaction face à un groupe ou un artiste qui reprend les Beatles ?
Sly : Notre premier réflexe est d’écouter. On observe la manière de faire. Ça peut être inspirant. On est très curieux et on respecte l’interprétation. La musique des Beatles appartient à tout le monde !
Y-a-t-il un autre groupe dont vous auriez pu être fan pour en faire un tribute band ?
Flamm : On a d’autres coups de cœur comme U2 et les Pink Floyd. Moi, je suis fan de Michel Delpech [rires]. Sinon, on a monté un tribute pour les Who.
Vous avez produit un album en hommage aux Beatles en studio. Pour un tribute band, le studio a-t-il autant de sens que la scène ?
Sly : L’enregistrement studio ne vaut pas les Rabeats sur scène. On n’a pas vraiment d’autres raisons d’exister que de faire des concerts. Pendant le confinement, on était comme des lions en cage. Ça nous a fait du bien de revenir sur scène, de revoir l’enthousiasme et les sourires sur les visages.
« Le flambeau peut être transmis au sein de la famille tout comme à d’autres artistes. »
Comment expliquez-vous l’intemporalité des chansons des Beatles et leur capacité à être sans cesse réinterprétées ?
Flamm : Les accords semblent peut-être simples mais l’enchaînement des tubes est impressionnant. Au début des années 60, les artistes avaient une productivité folle. Ils sortaient deux albums par an en moyenne ! Les Beatles trouvaient à chaque fois la bonne formule. Le succès des tubes n’est pas dû à leur simplicité mais à leur sincérité.
Est-ce que vous jouez des morceaux peu connus du public ou que les Beatles n’ont jamais joués en live ?
Sly : Tout ce qu’on joue après l’entracte, ce sont des morceaux qui n’ont jamais été faits en direct par les Beatles. Pour autant, il y a des morceaux qui sont à un stade de difficulté de composition qui ne permet pas de les jouer sur scène mais uniquement en studio.
Flamm : À Tokyo en 1966, je crois, les Beatles ont expérimenté en live ces chansons-là. Ils ont voulu reproduire les 16 voix d’un morceau à trois, c’était compliqué [rires].
Jouer à Liverpool, au Cavern Club, c’est un peu le Graal pour un tribute des Beatles ?
Flamm : Évidemment, on s’est aventurés à Liverpool. Ça a été très émouvant de jouer au Cavern Club. On a aussi fait un mastering dans le studio à Abbey Road. J’ai été choqué de constater que le producteur des Spice Girls, de Coldplay et bien d’autres m’accordait une grande considération. Le mec est une pointure et il a été génial. J’ai eu les larmes aux yeux à l’idée d’être dans le lieu où la musique des Beatles est née.
On a aussi joué deux fois en Irlande, une fois en Australie, en Belgique et au Japon aussi, pour cinq jours.
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Interview : Ch_taker