Les PrinSEINSes Pas le droit de baisser les bras.

Les PrinSEINSes
Pas le droit de baisser les bras.

« Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. » Ce célèbre proverbe prend tout son sens chez Les Prinseinses avec « La Cordée de l’après ». C’est unies dans l’effort et le dépassement de soi que huit femmes, touchées par un cancer et membres de cette association des Deux-Sèvres, basée à Aiffres, et fondée en 2020 par Isabelle Deschamps pour promouvoir la prévention et la recherche contre le cancer du sein et pour soutenir les femmes touchées par tous types de cancers, ont relevé un défi de taille : partir à l’assaut du Mont-Blanc ! Une aventure à laquelle s’est associé Julien Viroulaud de We are Diversi’Team, une association dont l’objectif est de démontrer que les singularités de chacun font la force du collectif, notamment avec son documentaire “La Cordée de l’après”, réalisé par Coline Béal.

Entre le 29 juin et le 6 juillet 2024, Christine, Florence, Isabelle, Jessica, Léa, Mélanie, Valérie et Vérose se sont lancées dans ce défi sportif, accompagnées par Julien Viroulaud, les coachs sportifs Antoine Leroy et Jimmy Brazier, Éric Lecerf le médecin, Emmanuelle Garde-Dominique la kiné, Émilie Sionnet pour la communication et Coline Beal la vidéaste, ainsi que six guides de haute montagne, pour montrer que la vie continue après la maladie. Leur aventure, filmée sous la forme d’un documentaire immersif, est un symbole de résilience et d’espoir. Dans un salon de Socram Banque, ces guerrières sont revenues sur leur aventure, projetée au Moulin du Roc les jeudi 10 et 24 avril et à l’Espace tartalin à Aiffres le lundi 26 mai dernier.

Vous êtes montées sur scène devant des salles combles, plus de 2000 personnes au total pour présenter le court-métrage de votre ascension du Mont-Blanc, « La Cordée de l’après ». Vous avez été longuement applaudies. Vous attendiez-vous à cet accueil ?

Mélanie : J’en ai encore les larmes aux yeux.

Christine : La billetterie a été mise en ligne à 9 heures ; à 16 heures, c’était complet ! Neuf mois entre notre ascension et aujourd’hui, on ne s’attendait pas à un tel engouement…

Comment est née l’idée de ce projet ?

Antoine Leroy : Avec Jimmy Brazier, nous sommes coachs sportifs à La Team Coaching à Niort. En septembre 2022, on cherchait un projet solidaire auquel s’associer après deux ans d’existence. Et je connaissais Mélanie qui venait s’entraîner. On a ensuite rencontré Isa (Isabelle Deschamps, la présidente de l’association Les Prinseinses, NDLR).

Julien Viroulaud : J’ai rencontré Isa sur une course à pied. On s’est revus ensuite. Elle m’a parlé de ses trois cancers, des autres filles de l’association, m’a dit qu’elle aimerait organiser une rando dans les Pyrénées. Je me suis pris une claque, qui a remis l’église au centre du village !

Pourquoi en faire un film ?

Vérose : C’était prévu dès le départ, pour qu’il reste une trace après, que cela soit un symbole.

Comment avez-vous financé cette aventure ?

Vérose : Le voyage a été financé par des actions, des partenaires, des mécènes, des dons.

Dès le début de ce documentaire immersif, vous racontez comment « tout bascule » lorsqu’on apprend qu’on a un cancer, vous parlez d’un « choc ». C’est également un choc pour l’entourage.

Christine : En effet, on ne parle pas assez des conjoints. Pourtant, le cancer touche la vie familiale, la vie sexuelle. Les conjoints aussi affrontent un tsunami.

Léa : C’est comme une cordée, tu n’es rien si tu n’as pas un cercle familial, des aidants qui gèrent aussi le reste, le quotidien.

C’est important de se fixer un objectif dans ces moments-là ? Jessica dit dans le film : « Soit je m’apitoie sur mon sort en me demandant pourquoi moi, soit j’avance. »

Jessica : Lorsqu’il l’a appris, mon fils de 13 ans m’a demandé : « Mais tu ne vas pas mourir maman ? ». Je lui ai répondu : « Non, ce n’est pas prévu, on va se battre. » Aujourd’hui, le cancer est encore trop associé à la mort.

Christine : On se bat pour l’entourage, l’amour nous porte. On n’a pas le droit de baisser les bras. On n’a pas le choix.

Léa : En fait, on a le choix d’en faire quelque chose. Ou pas. Il y a des personnes qui vont s’en sortir mais qui vont rester dans ce trauma, on n’a pas toutes les mêmes ressources, il n’y a aucune injonction, c’est à la mesure de ce que chacun est.

Après une première rencontre en juin 2023, vous vous êtes toutes préparées de septembre 2023 à  juin 2024.  Un vrai travail d’équipe !

Florence : Isa est le dénominateur commun de cette aventure, on lui a tous fait une confiance aveugle, ainsi qu’à Julien.

Mélanie : Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de ce dans quoi je m’embarquais. Ce n’est que lors de notre premier week-end à la montagne en janvier que j’en ai pris conscience.

Comment a réagi votre entourage lorsque vous leur avez parlé de ce projet ?

Léa : Certaines personnes pensaient que l’idée me passerait. Au fur et à mesure, ils ont pris conscience que c’était en train de se faire. Et moi aussi. On est clairement sorties de notre zone de confort.

Gravir le Mont-Blanc, c’est un beau défi sportif. À aucun moment, vous ne vous êtes dit « c’est impossible ! » ?

Florence : Julien nous a toujours laissé pensé que c’était possible.

Julien : J’en ai toujours été convaincu. Au début, je ne mesurais pas l’ampleur de ce que je leur proposais.

Antoine : Certaines étaient sous traitement, Isa a eu deux cancers pendant la préparation, Christine a chuté dans les escaliers, Léa a été hospitalisée… On s’est adapté, mais la préparation n’a pas été un long fleuve tranquille.

Julien : Notre objectif, ce n’était pas d’aller tout en haut du Mont-Blanc, c’était le chemin qu’on avait à parcourir ensemble. Le dénominateur commun, c’était le message à faire passer, pas le sommet à atteindre.

Léa : Je suis quand même épatée par la capacité de nos corps à se réparer. Notre corps nous porte, nous supporte, nous transporte. Beaucoup d’entre nous l’oublient et pensent que c’est acquis. N’attendez pas de le perdre ; si vous voulez continuez à vous faire plaisir, honorez votre corps et prenez-en soin. L’autonomie, c’est la première forme de liberté. On peut se réjouir d’avoir de bonnes constitutions.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Christine : L’aspect physique.

Vérose : Le vertige.

Florence : La peur de l’inconnu, sortir de sa zone de confort.

Isabelle n’a pas pu aller jusqu’au bout à cause d’un nouveau cancer. Cela a été un coup dur pour l’équipe.

Florence : À ce moment-là, la réalité nous rattrape, c’est violent. 

Julien : Lorsqu’on débarque dix jours avant et qu’Isa déclare son cinquième cancer, il y a deux solutions : soit on abandonne le projet, soit on part quasiment en mission. Ca a décuplé les forces, ça a resserré les rangs.

Mélanie : Si on en est toutes là, c’est grâce à elle. C’est une femme extraordinaire et le mot n’est pas assez fort. On sait pourquoi on est là, on se bat pour nous mais aussi pour cette femme extraordinaire qui pense aux autres. On est malade mais on veut en faire quelque chose.

Jessica : Elle a été un trait d’union jusqu’au bout.

Après avoir passé plus d’un an ensemble autour de ce projet, on ne se sent pas un peu vide ensuite ?

Léa : Cela a été violent pour tout le monde, on est revenues en été, tout le monde était parti en vacances.

Christine : C’est clair, il y a eu un manque.

Léa : Mais c’est maintenant que le projet commence. Il faut qu’on diffuse le film le plus largement possible, on doit porter notre message, c’est la deuxième étape. On se rend compte que ça parle à beaucoup de gens, que c’est transposable à d’autres maladies. Et puis certaines se sont investies pleinement dans l’association depuis.

Christine : Oui, cela continue de nous porter. Je me suis fait tatouer les copines, le Mont-Blanc et la couronne des Prinseinses en novembre dernier. Comme ça, j’ai toujours mes copines avec moi, on reste une cordée.

Qu’est ce que cette aventure vous a appris ?

Jessica : J’ai compris que je pouvais encore faire des choses, que mon corps en était capable.

Léa : On ne peut plus tout faire comme avant mais on peut faire en adaptant.

Il y a de toute façon un avant et un après la maladie. Est-ce qu’on vit deux fois plus intensément ?

Florence : La maladie transforme; l’expérimenter, ça t’autorise à penser que tout est possible.

Christine : On en ressort grandies et plus fortes, on apprend des autres.

Une fois les traitements terminés, vous dites que l’on se sent perdu. Les rendez-vous médicaux ne structurent plus le quotidien. Et le retour à l’emploi peut s’avérer compliqué par exemple.

Vérose : Le jour où les rendez-vous médicaux sont terminés, ça fait un grand vide.

Christine : Et, surtout, les effets secondaires ne sont pas terminés. Il y a un retour à la vie normale et on se demande comment on va faire. 

Vérose : Quand tu reprends le travail, tout le monde te voit. Donc tout le monde pense que, si tu es là, c’est que tout va bien. Donc on te demande de travailler autant qu’avant. Or, on garde les effets des chimios, des rayons, pendant plusieurs années.

Quels messages souhaitez-vous transmettre ?

Florence : On veut porter un message d’espoir en projetant le film, notamment dans les hôpitaux. On veut aussi montrer la force du collectif.

Vérose : Tout le monde est perdu après la maladie. À l’association, on peut parler de tout, c’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a pas d’hommes.

Christine : S’il n’y avait pas eu Les Prinseinses, je ne sais pas ce que je serais devenue moralement, l’association m’a sorti la tête de l’eau.

Interview @Jenny DelrieuxPhotos @lambert.davis

@association_les_prinseinses , @ lesprinseinses.com

@lacordeedelapres