L’ère du berceau

Yelle, c’est à la fois la chanteuse Julie Budet et son producteur et compagnon Jean-François Perrier alias Grand Marnier. Dans l’attente d’un heureux événement, le duo pop donnait un dernier concert le 18 décembre à la Sirène de La Rochelle avant une pause en famille dont Julie évoque déjà la suite.

La maternité va-t-elle jouer sur la tonalité de votre musique ?

J’ai l’impression d’avoir deux facettes dans ma personnalité : un côté libéré, extraverti sur scène, et une vie privée beaucoup plus secrète. J’ai toujours réussi à trouver l’équilibre entre les deux. Il faut que ça continue, que je garde cette part tournée vers l’extérieur tout en protégeant notre construction familiale. Mais j’ai toujours su associer du fun à des éléments plus sombres dans les chansons, en particulier dans L’Ere du Verseau, notre dernier album de 2020. Les deux peuvent cohabiter et je suis sereine. J’ai d’ailleurs hâte de voir ça.

 

« Seulement » quatre albums en une quinzaine d’années, que faites-vous entre chacun d’eux ?

Au-delà des tournées qui suivent chaque album, on aime prendre notre temps, c’est même un besoin. Après le troisième, on a expérimenté une nouvelle façon de procéder, en sortant des singles de temps en temps, en lançant une tournée Yelle Club Party axée club. On laisse le temps aux choses de mûrir. On a toujours eu à cœur de ne pas nous mettre de pression. Le passage du studio à la scène est très important à vivre, même s’il n’est pas évident pour tous les artistes.

 

Alors que vous, vous aimez la scène…

J’adore. C’est d’ailleurs important de boucler la boucle dans cette salle de la Sirène où nous avons mis au point le show lors d’une résidence en amont de la tournée. Comme ça l’est aussi de clôturer une période avant d’en entamer une nouvelle, même si je sais que la scène va me manquer.

 

Quel est votre agenda des prochains mois ?

La naissance nécessitera de se poser un moment mais cette hibernation sera aussi un temps de création. Cela permettra de revenir en 2023 avec du son nouveau, notamment pour les Etats-Unis qu’on a un peu mis de côté pendant la période de pandémie.

Comment s’explique votre succès aux Etats-Unis ?

On a nous-mêmes du mal à l’expliquer ! Quand on est arrivés, il n’y avait aucun autre groupe chantant en français dans ce style musical. Un créneau s’ouvrait grâce à une curiosité pour les artistes français. Le live a aidé car nous avons construit les tournées progressivement, depuis un premier club à Montréal jusqu’aux gros festivals comme Coachella. C’est un pays particulier car on peut y tourner sans avoir d’actualité.

 

Comment perçois-tu l’évolution du paysage musical autour de vous ?

C’est chouette d’assister au retour de la langue française. Il y a quelques années, nous nous sentions isolés. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes assument la pop en français, avec une super scène où tout se mélange entre rap, chanson, electro, house… La profusion de propositions permet à chacun de trouver son bonheur.

 

Avec aussi beaucoup plus de femmes…

Oui c’était plus compliqué à nos débuts. Il y a désormais beaucoup plus d’artistes féminines, qui peuvent se révéler derrière un instrument ou en tant que productrices. La parole de la femme est beaucoup plus respectée, je m’en rends compte quand je regarde les émissions d’il y a quinze ans dans lesquelles j’étais parfois infantilisée. Tant mieux que ça change !