Laure Portier, « Venger mon petit frère »

Laure Portier, réalisatrice d’origine niortaise, signe son deuxième documentaire, « Soy libre », dans lequel elle filme son petit frère, Arnaud Gomez, entre 2005 et 2021, depuis sa cité niortaise jusqu’au Pérou en passant par l’Espagne, une fuite qui devient une quête pour se libérer de ses colères et trouver la paix. Un film sorti en salle le 9 mars 2022, et sélectionné par l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) au Festival de Cannes en 2021.

Laure Portier

Comment est né « Soy libre » ?
En 2005, j’entre en école de cinéma à Bruxelles, l’Insas (Institut supérieur des arts), alors qu’Arnaud est en centre éducatif fermé à Mont-de-Marsan, et j’ai envie de partager ce que j’apprends avec lui. À ce moment-là, j’ai quelques images mais cela ne donne pas grand-chose. En 2012, je l’attends à sa sortie de la prison des Baumettes, à Marseille, et je lui dis : « On va faire un film. » C’est une promesse, je ne sais pas encore si on ira jusqu’au bout.

Que vouliez-vous transmettre à travers ces images ?
Je voulais qu’il raconte son histoire. Et réparer une injustice. À l’époque, les adultes l’ont beaucoup jugé. Il y a eu un manque d’investissement à son égard : la famille, l’école… J’ai eu envie de venger mon petit frère.

« Je voulais qu'il raconte son histoire. Et réparer une injustice. »

Ses débuts dans la vie auraient pu être différents selon vous ?
Il a été déscolarisé à l’âge de 12 ans. Il n’y avait plus d’endroit construit à son échelle. Il ne voulait pas rentrer dans le moule, ça le brimait, il en est devenu violent. C’est une injustice sociale. Car le premier endroit où on entre dans la société, c’est l’école.

Une partie est filmée par Arnaud lui-même. Pourquoi ?
Lorsque j’ai eu une aide à l’écriture, je lui ai offert une caméra pour qu’il se filme, mais ce n’était pas pour le film, plutôt pour qu’il en fasse quelque chose. En 2017, il m’a donné sa carte SD et j’y ai découvert 2h30 d’images. Il a continué à filmer. Mais c’est moi qui ait fait le montage. Et je lui ai demandé de dessiner la dernière image du film pour comprendre vers quoi il souhaitait aller

Laure Portier

Qu’est-ce que ce film vous a apporté ?
Cela nous a permis de rester proches, de s’investir l’un pour l’autre car on avait un projet en commun. Comme disait Marguerite Yourcenar, « l’amour, c’est s’intéresser passionnément à quelqu’un ».

Films

  • « Soy libre »
  • « Dans l’œil du chien »

Interview : @Jenny Delrieux

Crédit photo : @Jenny Delrieux et « Soy libre », Laure Portier (pour les images du film)