KOURTNEY ROY
Zoom sur l’instant perdu
Entre Paris et ses escapades photographiques, Kourtney Roy fera escale cette année à Niort. La photographe canadienne, lauréate de plusieurs prix, est l’invitée d’honneur des Rencontres de la jeune photographie internationale qui se tiennent à la Villa Pérochon du 5 avril au 25 mai.
Depuis vingt ans, Kourtney Roy sillonne le monde et se laisse guider par son imagination où elle aime se perdre. Spécialiste de l’autoportrait, la photographe de 43 ans adore les mises en scène à la fois étranges, décalées, parfois burlesques. Celle qui n’a plus quitté Paris après avoir suivi les Beaux-Arts, travaille encore pour la publicité mais se laisse surtout du temps pour ses projets artistiques personnels qui se renouvellent sans cesse. Son univers reste ambivalent. Elle aime photographier l’ordinaire et en extraire un grain d’extraordinaire. Dans ses photos, elle adore jouer avec les couleurs flashy tout en appréciant la noirceur et la mélancolie qui peuvent s’en dégager. C’est terriblement harmonieux, intriguant et déroutant. Terriblement Kourtney Roy.
Pendant la résidence de création de ce festival niortais, vous allez accompagner pendant vingt jours les six photographes sélectionnés qui vont développer chacun leur projet artistique. Comment abordez-vous cet événement ?
Je n’ai jamais fait cela. Je découvre également la Villa Pérochon de Niort. Tout sera donc un peu nouveau. Je vais suivre les six photographes pour leur donner des conseils, exprimer mon avis. Je ne sais pas trop ce qui m’attend mais je trouve cela amusant. Je vais assurément vivre des choses positives durant cette résidence.
A la Villa Pérochon, il sera possible de découvrir une exposition transversale qui présentera des clichés de quatre de vos séries. Parmi elles, Last Paradise, une œuvre mêlant photo et musique qui a reçu le Prix Swiss Life à 4 mains 2024-2025. Quelle a été votre source d’inspiration pour ce projet différent des autres ?
J’ai découvert il y a quelques années le Prix Swiss Life à 4 mains qui est un prix artistique réunissant la photographie et la musique. On en a discuté avec Mathias Delplanque qui est un compositeur nantais avec qui j’avais déjà collaboré sur un film documentaire. Après avoir trouvé l’axe de notre projet, on a cherché un lieu. On a choisi Rimini qui se trouve sur la Côte Adriatique en Italie. Je trouve beaucoup d’inspiration dans mes road-trips. Il y a dans cette cité balnéaire des couleurs et des lumières qui correspondent à ce que j’aime. On s’est déplacés tous les deux à Rimini hors saison. Mathias a fait des recherches sur place sur les synthétiseurs vintage italiens puis il a composé la musique à son retour en s’inspirant des musiques de films giallo. Last Paradise c’est un travail collectif.
Vous pratiquez un genre très spécifique à savoir l’autoportrait photographique en vous mettant en scène dans des univers très différents. Qu’est-ce qui vous plaît autant dans l’autoportrait ?
Cela fait vingt ans que je fais cela. C’est juste un travail. C’est un monde où je peux exister. C’est très solo.
On vous assimile fréquemment à une photographe de l’étrange. Cela vous convient ?
C’est mieux d’être une photographe de l’étrange que d’être une photographe de la merde [rires]. Mon univers est en effet étrange. C’est un mélange de kitsch, de choses familières et d’étrange.
Pouvez-vous nous donner plus de détails sur votre processus de création ?
Il est le même pour chaque projet. Je me laisse inspirer par un endroit, par une atmosphère. Je prends des photos puis cela prend forme. J’ai des idées vagues. Le hasard et la chance font le reste. Rien n’est calculé.
Dans votre série, The Other End of the Rainbow, vous vous êtes éloignée de l’autoportrait pour réaliser une enquête photographique sur les disparitions et les assassinats de femmes le long de la route Highway 16 en Colombie-Britannique au Canada. Pourquoi ce thème ?
En 2016, cela a tourné dans ma tête alors que j’étais sur un autre projet. Cela m’a pris deux années de travail car je me suis rendue plusieurs fois en Colombie-Britannique. J’ai fait des recherches mais pas comme une journaliste d’investigation. J’ai rencontré des familles et des proches des victimes qui m’ont parlé de leur vie. C’était un projet dur et noir. Il faut trouver du temps pour ce genre de projet.
En 2024, vous avez réalisé votre premier long métrage Kryptic, une histoire un peu tordue où une femme part dans une forêt à la recherche d’une scientifique disparue et d’une créature à la gueule de taupe. C’était grisant comme expérience ?
Oui j’aime beaucoup le cinéma car c’est un monde immersif que tu crées de A à Z. C’est un projet sur lequel je travaille depuis 2019. C’est un thriller psycho-sexuel. Il doit sortir cette année aux Etats-Unis et au Canada mais il n’y a malheureusement pas encore de distribution en France. J’ai écrit le synopsis de mon deuxième long métrage où il sera question d’un serial killer à Paris. La photographie et le cinéma sont vraiment deux mondes à part. J’aime bien explorer.
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