KillASon, à pas de loup…

Et si un petit français pouvait rivaliser de talent et d’ambition face aux géants du hip-hop américain ? C’est le pari que KillASon a pris.
Danseur, producteur, beatmaker et rappeur, ce poitevin désormais installé à la capitale a tout d’un grand. Et il le prouve en frappant un grand coup avec le Wolf Show, un spectacle résolument créatif mêlant l’univers de la mode à celui des danses de rue, entrecoupé d’extraits de musique live et de sons et lumières dignes des plus grands dispositifs scénographiques. Un show brut, sauvage, immersif et animal. Rencontre avec Marcus aka KillASon, qui nous a fait l’honneur de se déplacer jusqu’à Niort pour une interview et une séance photo exclusive, à quelques mois de la représentation du Wolf Show au Moulin du Roc de Niort.

KillAson

Marcus, tu as commencé ta carrière en 2015 en tant que KillASon, et depuis, tu rappes exclusivement en anglais. Pourquoi ?
Le choix de rapper en anglais s’est imposé très naturellement. Mes parents sont artistes, et je baigne dans la musique anglophone depuis toujours. Et c’est clairement du hip-hop américain que proviennent mes influences. Dans mon enfance, j’écoutais des groupes comme Outkast, Notorious BIG, Tupac, Busta Rhymes… Plus tard, c’était DJ Khaled, Lil Wayne, Kanye West… J’écoute aussi du rap français, et ce sont aussi des influences, même si elles sont plus indirectes.

Tu es à la fois rappeur, beatmaker et danseur. Estimes tu qu’aujourd’hui, on est obligé d’être un artiste complet pour pouvoir percer ?
Je pense que c’est bien d’être un artiste complet, et même au-delà, d’être une personne complète, et d’autant plus dans cette industrie. Personnellement, je me suis mis à danser parce que la musique me faisait danser. La base de tout, c’est la musique. Et par la suite, j’ai appris d’autres disciplines, comme la production. On s’en sort mieux si on touche un peu à tout. Mais il faut aussi savoir prendre le recul nécessaire pour choisir un aspect en particulier sur lequel porter tout le soin et l’attention nécessaire, et il faut aussi déléguer. Sur mon dernier album, j’ai travaillé avec beaucoup de beatmakers différents et moi je n’ai fait que l’interlude.  

« L’avantage de la polyvalence, c’est de pouvoir maîtriser plusieurs aspects de sa carrière. »


Tu as réalisé bon nombre de tes clips. Les courts métrages, le cinéma, c’est quelque chose qui pourrait faire partie de tes projets ?
Je suis un très grand fan de cinéma, je trouve que c’est un art qui dégage énormément d’émotions et c’est pour ça que j’adore réaliser mes clips. Tout comme la musique m’a fait danser, tout est toujours une histoire d’image alliée au son. Je n’exclue pas une carrière dans le cinéma un jour. Comme je le disais, souvent les expériences professionnelles et les savoirs se recoupent. Mais je me vois plutôt derrière la caméra.

KillAson

Tu seras au Moulin du Roc le 12 Mai prochain pour nous présenter le Wolf Show. Comment est-ce que tu décrirais ce spectacle ?
Le Wolf Show, c’est un projet tiré de la Wolf Tape, mon avant dernier album (sorti en janvier 2021, ndlr). C’est mon projet le plus introspectif. C’est un album sombre, et j’ai ressenti le besoin d’exprimer cette énergie sur scène également. C’est pourquoi j’ai imaginé un cube noir, une métaphore pour le monde dans lequel on plonge lorsqu’on ferme les yeux. La scénographie est très brute, on retrouve plusieurs éléments liés à la mode comme par exemple un catwalk. C’est un concert, mais j’avais besoin d’y incorporer des séquences uniquement dansées, afin de pouvoir lâcher tout ce que j’avais à lâcher.

« Le Wolf Show, c’est une expérience, une performance, pour emmener le public avec moi dans mon monde. »


Tout cet arc créatif s’articule autour de la figure du loup. Pourquoi cet animal et que représente-t-il pour toi ?
Pour évoluer dans le rap anglophone quand on est français, il faut faire preuve de beaucoup de résilience. C’est difficile. Et je vois en moi beaucoup de similitudes avec le loup. Il est la dernière frontière entre la civilisation, et le sauvage. Il est indomptable, mais il est toujours là. Incompris, comme peut l’être un artiste, il a cet instinct de meute, comme c’est mon cas avec ma famille. C’est mon animal totem depuis toujours.

Tu l’as dit, ce disque Wolf Tape, a un univers plus sombre que tes précédentes sorties. Comment expliques-tu ce changement d’atmosphère ?
Ce changement d’ambiance est dû à un changement de vie, et à beaucoup de remises en cause. J’ai eu 25 ans, je me suis posé beaucoup de questions. Et toutes ces questions, je les ai mises dans ce disque. Ça m’a permis de faire un tour d’horizon complet de ma vie et de mes ambitions. L’album qui suit celui-ci (sorti en novembre 2022, ndlr) s’appelle Bonjour. Comme si j’avais clos un chapitre de ma carrière, remis les compteurs à zéro, et que je me présentais à nouveau. Avec un nouvel état d’esprit. Posé, assuré, là pour y rester.

L’expérience que propose le show est résolument moderne et expérimentale (l’octophonie, la dynamique d’alternance entre le chant et la danse, etc). Pourquoi avoir opté pour un dispositif aussi avant-gardiste ?
Je n’avais pas spécialement pour ambition de bousculer les codes. Je voulais juste proposer quelque chose en phase avec mes envies et ce que j’avais à exprimer. L’octophonie, c’est pour rendre l’expérience la plus immersive possible pour le public. Et puis je fais des battles de danse depuis des années, alors je voulais essayer de retrouver cette ambiance. Finalement, le Wolf Show est effectivement en dehors des codes, mais c’est la finalité de l’expression, pas le but premier.

Tu parles du monde des battles de danse, qui est un milieu dans lequel la compétition est omniprésente. Est-ce que tu as besoin de ce genre de challenge pour avancer ?
J’adore la compétition, me dépasser. En battle, c’est comme dans la vie, on ne peut pas tout contrôler et parfois ça passe, parfois ça ne passe pas. J’adore avoir le cœur qui bat, me demander si je vais réussir ou pas. C’est ce qui me permet de garder la tête haute et de continuer d’avancer. Prendre le risque d’aller toujours plus loin… C’est mon caractère. Je suis en compétition permanente avec moi-même. En prise de risque constante.

« J’aime à dire que je ne suis pas opportuniste, mais que je crée des opportunités. C’est comme ça que j’avance. Droit. En phase avec mes valeurs. »


Tu as commencé ta carrière il y a 7 ans, tu as déjà accompli beaucoup, mais que peut-on te souhaiter pour la suite ?
J’aimerais qu’on me souhaite d’être en paix avec moi-même, de pouvoir continuer à rencontrer des gens extraordinaires avec qui échanger et travailler, de pouvoir développer plein de projets… Et peut-être, pourquoi pas, de changer le monde, comme me le disait ma mère quand j’étais petit.

Crédits :
 
Wolf Show, le 25 Mai 2023 au Moulin du Roc, informations et réservations sur lemoulinduroc.fr

Nouvel Album Bonjour, disponible (Label SUPANOVA)

@killason.com

Séance photo @Pavillon Grappelli