Julie Calbert et Solal Israel LA « BELGOMANIA »

Julie Calbert et Solal Israel
LA « BELGOMANIA »

L’art belge s’est emparé de Niort à l’occasion des Rencontres de la Jeune Photographie Internationale. Que ce soit au Séchoir ou au Pilori, ils sont huit artistes belges à avoir pris possession de ces lieux emblématiques. Pour comprendre, par-delà les frontières, le regard de ces artistes francophones, rencontre avec deux bruxellois : Julie Calbert & Solal Israel.

Julie, pouvez-vous nous présenter votre travail ?

Julie Calbert : Le projet que je présente au Pilori s’appelle Êkhô, c’est une étude de paysage. J’ai un travail qui aborde les questions de mémoire, d’environnement, de corps et avec un biais sur la nature et le paysage. C’est une étude d’observation du paysage dans laquelle j’ai travaillé différents axes : l’étude en tant que telle du paysage à travers des images que je viens retravailler en chambre noire, et je viens rajouter des couches, des altérations. Il y a une partie sur ce que j’appelle le reliquat. Ce sont toutes sortes de choses que je glane sur mes lieux de prise de vue et qui sont exposées telles quelles : cela peut être des objets en céramique ou en métal. Et alors je fais des photos de ces objets que je glane. La seconde partie de mon exposition est plus chorégraphiée, en mouvement. J’ai travaillé avec une danseuse sur les gestes d’observation du paysage, sur la façon de mimer certains gestes d’observation du paysage. Et ces personnes viennent ancrer le récit et les dynamiques de la série. Lorsque l’on observe le tout, il y a vraiment un jeu sur les échelles, sur le volume, les espaces.

Il y a une approche scientifique au travers de cette exposition ?

Julie Calbert : Oui, il y a vraiment un rapport à la science dans les manipulations en chambre noire. Avec ces manipulations, qui se rapprochent de la chimie avec certaines altérations, on vient pousser l’image et le médium le plus loin possible. Et avec ce travail, je vais pouvoir arriver à une image qui est le reflet de ce que l’on ressent lorsqu’on observe un paysage.

Solal, de ton côté tu as réalisé l’exposition « Les Fulgurés » aux côtés de Téo Becher, qu’est ce que cette exposition raconte ?

Solal Israel : Avec Téo, nous avions cette volonté de travailler ensemble parce qu’au-delà du fait que l’on a une affinité artistique, nous sommes d’abord amis depuis une quinzaine d’années déjà. En 2020, en plein confinement, Téo me parle d’un podcast qui racontait l’histoire « Des Fulgurés d’Azerailles » (en septembre 2017, une quinzaine de personnes sont frappées par la foudre lors d’un festival de musique, tous y survivent. C’est pour cette raison qu’ils sont nommés les « fulgurés » et non les « foudroyés ».ndlr). J’ai tout de suite été saisi par le potentiel, d’un point de vue photographique, de cette histoire. Et surtout, j’avais été très touché par les témoignages que l’on peut entendre dans le podcast. Il y avait vraiment un aspect humain qui ressortait de cela. Il y a un des fulgurés qui disait, même s’il reconnaît que ce n’est pas avéré scientifiquement, que s’ils avaient survécu à la fulguration, c’est parce qu’ils avaient partagé la décharge. C’est ça qui m’a fait me dire, « ok c’est un sujet, on y va! » On n’a pas pu rencontrer tout le monde, parce que c’est resté un évènement traumatisant pour beaucoup et puis il y a eu un traitement médiatique un peu sensationnaliste au début, qui n’a pas vraiment considéré les fulgurés. Nous, dans notre démarche, on a essayé de prendre le temps, ça fait cinq ans déjà qu’on a commencé ce travail. On n’a pas cet aspect voyeuriste, on se revendique du documentaire poétique. On traite un sujet ancré dans le réel mais avec une pratique du médium qui se veut artistique.

Même s’ils ont tous survécu, certains ont toujours des séquelles de cet incident ?

La foudre a eu des effets sur beaucoup de ces fulgurés. Par exemple, on a une personne qui a perdu l’usage de ses jambes alors qu’elle était une grande marcheuse. Une autre donnait des cours de français, apprenait à lire et écrire à des élèves en difficulté, mais petit à petit a perdu l’usage de la parole. On a cet aspect un petit peu « ironique », comme si chaque personne avait été touchée à l’endroit qui lui était propre. Mais maintenant, ils réapprennent à vivre avec ces séquelles. Par exemple, pour aller d’un point A à un point B, avant c’était une ligne droite, maintenant ils doivent vraiment prendre « un détour » pour arriver au même résultat. C’est quelque chose que l’on essaie de transplanter, à notre façon, dans le traitement de la photographie.

Pour vous, ça veut dire quoi la Belgomania ?

Julie Calbert : Pour nous, c’est l’idée de montrer un échantillon des photographes belges contemporains.

Solal Israel : C’est une façon pour nous de représenter, avec de grands guillemets (rires), la jeune création belge francophone en ce moment et c’est une belle opportunité pour nous de représenter notre petit pays.

Julie Calbert : Il y a une scène belge, que ce soit en photographie mais de manière générale artistique, très riche et qui mérite d’être découverte.

Ça représente quoi pour vous d’être ici aux Rencontres de la Jeune Photographie Internationale à Niort ?

Pour nous, c’est déjà une opportunité de montrer notre travail à l’international. Mais c’est surtout l’occasion de rencontrer d’autres auteurs, d’autres autrices, de découvrir d’autres travaux. C’est un échange.

Julie, vous avez la chance d’exposer votre travail au Pilori qui est un monument historique de la ville de Niort…

J’ai trouvé ce lieu très intéressant. Sur le plan architectural et historique, c’est un lieu très fort, qui a ses contraintes certes. Je ne sais pas si c’était forcément voulu, mais la série s’appelle Êkhô et il y a vraiment une notion de résonance dans ce bâtiment. L’architecture est assez particulière, assez lourde. On a un sentiment protecteur autour de nous. En tout cas, j’ai beaucoup aimé l’expérience de ce lieu.

@juliecalbert

@solal.israel

@cacp-villaperochon.com 

Interview @ GScanffCrédit Photo @ Pauline Cantal , @ Julie Calbert