Johann Letzelter, Christophe Ott et Maxime Bernard
: « On sent que le padel est un sport qui va durer, que ce n’est pas un effet de mode »
Le bleu, nouvelle couleur à la mode ? C’est en tout cas la nouvelle couleur préférée de nombreux sportifs adeptes du padel, sport de raquette à mi-chemin entre le tennis et le squash, devenus accros en un rien de temps. Des terrains bleus entourés de vitres et de grilles fleurissent un peu partout en France depuis quelque temps, et les Deux-Sèvres et la Charente-Maritime ne font pas figure d’exception. L’Arena Padel Niort et Impact Stadium La Rochelle-Périgny (ex-Le Five/4padel) font le bonheur des sportifs et leurs gérants ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin !
L’essayer, c’est l’adopter. Johann Letzelter, Christophe Ott et Maxime Bernard se sont fait prendre à leur propre jeu. Les deux amis d’enfance niortais et anciens footballeurs professionnels et le Rochelais se sont lancés dans l’aventure entrepreneuriale du padel quand l’opportunité s’est présentée… et ne l’ont pas regretté. Et sont devenus des pratiquants accros à leur tour ! Confessions un matin autour d’un café dans l’espace cosy du Salon de l’Arena Padel Niort.
Comment vous êtes-vous lancés dans l’aventure du padel ?
Johann Letzelter : On a d’abord commencé avec Family Fun Park, un parc de loisirs, en juin 2021. Quand le bâtiment (qu’ils occupent actuellement avec Arena Padel Niort, NDLR) a été libéré de sa précédente activité, le propriétaire, qui possède aussi Family Fun Park, nous l’a fait visiter car il savait qu’on avait d’autres idées dans les secteurs des loisirs et du sport. Et quand on a vu la hauteur de plafond, entre 7 et 9 mètres, on a tout de suite pensé y proposer du padel ! Et on a ouvert Arena Padel Niort en décembre 2022.
Maxime Bernard : Au départ, je visais plutôt le football et le squash quand je cherchais à lancer quelque chose à La Rochelle à mon arrivée de Paris. Ça manquait à La Rochelle, d’où je suis originaire, comme à Niort, d’où était originaire ma compagne de l’époque. Et c’est parce que Le Five (groupe national de complexes multisports, NDLR) en proposait qu’on s’y est mis, mes associés et moi-même, en mutualisant nos projets avec le groupe Léa Nature, le propriétaire des murs, spécialisé dans les produits bio et naturels. On s’est dit : « On tente. Au pire, si ça marche pas, on mettra un terrain de foot à la place. » On a démarré avec trois terrains de foot et deux de padel à l’ouverture en 2016. Et finalement, quand on a voulu s’agrandir, on a ajouté deux terrains de foot…. et cinq de padel !
Et vous avez été les premiers conquis finalement…
Christophe Ott : On jouait beaucoup au tennis avant, notamment quand on ne faisait pas de foot l’été. Et même après le foot. On a participé à quelques tournois, on aimait bien ça. Et puis on a joué avec un copain au padel quand on est partis dans le sud…
Johann Letzelter : … Et, depuis, on n’a pas retouché à une raquette de tennis (rires) ! L’addiction a pris le pas sur le reste.
Christophe Ott : Quand on ne joue pas pendant deux-trois jours, ça nous manque.
Maxime Bernard : Les six premiers mois après l’ouverture, je n’y ai pas joué par manque de temps. En vacances en Espagne, j’y ai joué dix jours de suite… et j’ai compris le potentiel. On a attrapé nous aussi le virus du padel (rires) !
C’est vrai que le padel s’est beaucoup développé en Espagne après son apparition au Mexique.
Johann Letzelter : On a dix à quinze ans de retard sur l’Espagne. Là-bas, le padel est une vraie locomotive. Il y en a quasi partout.
Christophe Ott : Dans le sud de la France, ça commence à gagner les campings.
Johann Letzelter : Ça remonte en France petit à petit, ça prend de l’ampleur. On n’est pas à l’abri que ça explose au niveau mondial et que ça finisse aux Jeux olympiques.
Maxime Bernard : On sent que c’est un sport qui va durer, que ce n’est pas un effet de mode. On a su trouver le bon timing.
Qu’est-ce qui explique, selon vous, ce succès qui n’en finit plus ?
Johann Letzelter : C’est un sport ludique, qui touche tout le monde. C’est facile de jouer et de s’amuser, le sol est plus souple qu’au tennis pour les articulations. Et comme le terrain est plus petit et qu’il y a les vitres sur lesquelles la balle rebondit, on perd moins de temps à aller récupérer sa balle, on a plus de temps de jeu effectif. Et on joue deux contre deux, c’est plus convivial qu’au tennis en un contre un.
Maxime Bernard : On est beaucoup sur du collectif, on est quatre dans un petit périmètre, on se chambre facilement. Toute une communauté s’est créée.
Christophe Ott : En Espagne, il y a plus de licenciés padel que tennis.
Johann Letzelter : Les chiffres sont difficiles à lire en France. La Fédération française de tennis a récupéré les licenciés de padel. Mais tous les pratiquants n’ont pas pris de licence.
Maxime Bernard : À La Rochelle, on compte 300 licenciés padel… et 2 000 pratiquants sur le groupe WhatsApp….
Johann Letzelter : À Niort, on a 200 licenciés et 1 500 adhérents. Tous les jours, on gagne de nouveaux clients.
Maxime Bernard : On ne sait pas quand cela va s’arrêter, il y a un engouement permanent. Ça marche aussi pour les entreprises, les collaborateurs se redécouvrent sur le terrain. Le week-end, ce sont plutôt des familles qui viennent.
Finalement, il y a toujours moyen de trouver d’autres pratiquants pour jouer ?
Johann Letzelter : Oui, ce n’est pas compliqué. Il suffit de mettre un message sur WhatsApp et en trente secondes, c’est trouvé ! Sur les créneaux d’heures pleines, entre 12 et 14 heures et après 18 heures, dès qu’on a une annulation, le créneau est repris dans la minute ! En ce moment, on est à deux à trois semaines d’attente sur ces créneaux-là. Il y a même de vrais mordus qui viennent avec leur ordinateur en télétravail et qui se tiennent prêts au cas où une place se libérerait !
Mais comparé à un club de tennis, jouer au padel coûte plus cher ?
Maxime Bernard : On a habitué les gens à très peu payer avec les associations et les licences. Mais elles reçoivent des subventions comparé à des structures privées. Et ce n’est pas comparable avec les salles de sport par exemple, qui peuvent accueillir des dizaines de personnes en même temps.
Johann Letzelter : Nous, à seize joueurs, on est complet. En tout cas, financièrement pour nous, le padel est plus rentable avec quatre joueurs par terrain au lieu de deux au tennis.
Maxime Bernard : L’avantage, c’est que le joueur ne paie que ce qu’il consomme. S’il ne vient pas parce qu’il est blessé, en vacances ou parce qu’il n’a pas la motivation, cela ne lui coûte rien, comparé à un abonnement.
Et, du coup, la clé pour que vous vous y retrouviez économiquement, c’est de vous diversifier…
Johann Letzelter : On est convaincus par le multi-activités. Si, à un moment, l’une d’entre elles souffre, les autres viennent compenser le manque à gagner.
Maxime Bernard : Et ça permet de toucher une population plus variée. On a voulu développer d’autres structures et on a identifié Niort et Nantes. Nantes n’est finalement plus d’actualité mais nous ouvrirons six terrains à Niort, dans la zone Mendès-France, 64, rue des Maisons rouges prochainement.
Johann Letzelter : On va avoir quatre terrains de plus en 2025 à Bessines, à l’entrée de Niort, avenue de La Rochelle avec un nouvel établissement de plus de 2 000 mètres carrés, contre 1 700 mètres carrés actuellement. On en profitera pour proposer d’autres activités : des quiz rooms, des salles de karaoké et des blind-tests.
Mais vous allez être concurrents directs du coup ?
Maxime Bernard : En Espagne, on compte un terrain pour 5 à 10 000 habitants. À Niort, il y a de la place pour nos deux établissements.
Johann Letzelter : Cela fera 14 terrains de padel au total à Niort. Si on fait les choses bien, on ne se marchera pas dessus. J’espère même que ça ne suffira pas (rires) !
Interview @JDelrieux Photos : @Lambert Davis
@arena_padel_niort @impactstadium