JESSÉ « Dans la vie, on a tous un masque social »

JESSÉ
« Dans la vie, on a tous un masque social »

Jessé en tournée avec son premier spectacle d’humour « Message personnel » s’est arrêté le Samedi 24 Mai à la Comédie La Rochelle pour nous offrir son journal intime en évoquant sa vie, son parcours, sa famille, le harcèlement et l’homosexualité, seul sur scène avec une étendue universelle. Un moment amusant, vibrant et émouvant !

Comment avez-vous élaboré ce premier spectacle, dans quelles conditions ? 

Jessé : Très simplement sur ma petite table IKEA dans mon appartement parisien de 15m2. J’ai écrit au début un spectacle qui n’était pas forcément drôle, une sorte de journal intime, quelques blagues par-ci par là. Puis, à la sortie du Covid, je l’ai lu à Marion Mezadorian qui allait devenir ensuite ma metteuse en scène et c’est avec elle qu’on a vraiment trouvé la structure du spectacle, les thèmes centraux, qui sont l’affiliation, le harcèlement et comment on évolue dans la vie sans connaître son géniteur et en ayant grandi dans une ferme. Et on a rajouté de l’humour. Le spectacle est une espèce de grande foire aux émotions et aux rires. 

L’humour pour vous n’est pas forcément “être drôle” systématiquement ?

Jessé : J’ai été vachement à l’école d’Hannah Gadsby (humoriste australienne) qui prône que l’humour ne se fait pas forcément dans le rire et elle a raison. Je pense qu’on peut aborder des sujets très profonds sans faire de blagues et ils sont plus forts quand on les entoure de blagues, de rires et de réflexions… J’aime les moments de pauses pendant les spectacles, qu’on puisse demander aux spectateurs de réfléchir sur un sujet et ensuite repartir dans la narration et le rire. 

Vous vous racontez sur scène face au public, une révélation de votre journal intime, est-ce pour vous une sorte d’apaisement ? 

Jessé : Oui c’est sûr que de se raconter, ça permet de s’accepter davantage et de voir l’adhésion du public, de valider qui on est. Ça m’a beaucoup aidé. Au-delà du public, le fait de monter sur scène, ça permet d’enlever toutes les armures, les couches qu’on s’était mis pour se protéger. Je crois que, dans la vie, on a tous un masque social qui nous permet de nous protéger d’éventuelles attaques, on joue tous un personnage issu de nos différentes blessures. Et monter sur scène pour donner au public quelqu’un de vrai, ça demande d’enlever toutes ces couches-là. Ça a été un vrai travail thérapeutique. Ça me permet d’aller mieux. 

Vous avez joué dans de nombreux comedy club, que pensez-vous de cette expérience-là ?  

Jessé : Ce n’est pas facile, ce n’est vraiment pas l’expérience que je préfère (rires). C’est un peu la compétition et ce n’est pas la définition que j’ai de l’humour et de la scène. Ça implique ce truc de qui aura les plus grands rires, qui arrivera comme on dit dans le jargon « à retourner la salle »…j’aime pas ça, parce qu’en plus je fais partie de ces personnes qui ont un univers où il n’y aura pas forcément les plus gros rires, parce que c’est une histoire, c’est une narration et en 10 minutes on ne peut pas aborder le harcèlement, l’affiliation, c’est très compliqué. On a l’injonction de faire rire les gens. C’est bien, parce que ça permet à des gens de me découvrir, mais je pense que le jour où j’en aurais plus besoin, j’arrêterai… (rires)

Selon vous, la famille joue-t-elle un rôle important dans le milieu artistique ? 

Jessé : Je crois que c’est une source inépuisable de blagues, c’est une inspiration très forte pour moi. Il faut les ménager aussi pour ne pas les vexer (rires). La famille c’est quelque chose qui me fascine, c’est comme ça qu’on connecte avec les gens. 

Qu’avez-vous envie d’explorer dans l’avenir ? 

Jessé : Écrire ; un film, peut-être une série ou un livre. J’écris pour d’autres notamment Berengère Krief et j’écris mes chroniques toutes les semaines à la radio. Écrire, c’est ce que j’adore ! J’aimerais écrire des chansons aussi. Je suis très proche de Santa, j’adore son univers. Continuer à écrire, autre chose que de l’humour, puis continuer à jouer au cinéma et à la télévision, le plus possible.

Interview @CoralieLedouxCrédit photos : @Laura GILLI

@icijesse@comedielarochelle – 24/05/2025