Hervé Cochetel L’homme des présidents

Hervé Cochetel
L’homme des présidents

Arrivé de la région Tourangelle en 2015, Hervé Cochetel s’est pris d’affection pour les Deux-Sèvres. Le Directeur général des services du Département, précédemment Directeur de la communication et Chef de cabinet, est devenu un personnage clé de l’institution. Un sourire affable, le sens du contact et un discours bien huilé sont les meilleures armes de cet homme politique convaincu et discret. Entre Coralie Dénoues, sa présidente, et lui, il semble qu’il n’y ait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette.

Hervé Cochetel, un nom et un visage peu connus du grand public. L’homme est arrivé en Deux-Sèvres il y a dix ans en provenance de la région Centre, « pour vivre une nouvelle aventure. Ce sont toujours les rencontres qui ont guidé mon parcours », présente-t-il. Son mentor d’alors s’appelait Gilbert Favreau, fraîchement élu à la tête du Conseil Départemental. « J’ai été attiré par le personnage, cet ex-avocat à la grosse voix… » L’attirance est si réciproque que le Tourangeau se voit confier la double casquette de Directeur de cabinet et de Directeur de la communication. L’alternance survenait après sept ans de gestion socialiste. « Ce basculement me semblait intéressant. Un beau défi. » Coralie Dénoues, aux commandes du Département depuis juillet 2021, s’inscrit dans la même trajectoire politique. Hervé Cochetel reste en place et s’affirme même en homme lige de la nouvelle présidente. D’abord Directeur de cabinet, il brouille à nouveau les frontières entre sphères politique et administrative en devenant Directeur général des services (DGS)*, laissant vacant son poste précédent. Face aux réactions de l’opposition qui craint la mainmise du politique sur les missions d’intérêt général de la collectivité, le DGS reste droit dans ses bottes. « On a besoin de réactivité dans ces grandes maisons, alors autant enlever un échelon, explique-t-il. Je ne crois pas que l’administration soit complètement étanche du politique. Il ne s’agit pas d’être partisan mais de défendre une vision et de la mettre en application avec l’aide des services. Nous sommes dans une collectivité politique au sens noble du terme. Il ajoute pourtant : « Je suis très soucieux de la neutralité de l’administration. Je ne demanderai pas à un agent public de faire de la politique. Dans mon cas c’est différent, je ne suis pas agent, je suis contractuel et mon destin est lié à l’exercice de ce mandat quoiqu’il arrive. » 

S’il définit sa philosophie politique de « progressiste », Hervé Cochetel ne cache pas son inclinaison à droite. « Je me sens proche des idées qui font confiance à l’économie de marché pour développer un territoire. » Mais il prend soin de préciser en substance que cette orientation n’est pas un obstacle au dialogue social. Ainsi, face aux sautes d’humeur des syndicats lors de la réorganisation des services sociaux début 2025, le DGS est lui-même monté au créneau. « Ce n’est pas un sujet qui me dérange. Il est normal que les organisations syndicales réagissent. Un brin condescendant il ajoute : Le changement ça fait toujours peur. Et puis il y a des jeux de posture, c’est le travail des syndicats. »

Après une première vie professionnelle passée dans les hautes sphères administratives de la région Centre, Hervé Cochetel a succombé aux charmes des Deux-Sèvres. « Je me suis fait piéger, sourit-il. Quand on s’investit sur un territoire, on en tombe amoureux ou alors on s’en va. » Il est resté… et s’est immergé dans les particularismes de notre département. « C’est un territoire très hétérogène, compliqué à comprendre. Le premier écueil à éviter est d’appliquer une vision niortaise pour tout le département, remarque-t-il. Et dans le Nord, on ne regarde pas du tout de la même manière qu’au Sud. Harmoniser les politiques publiques, ce n’est pas simple ici. » Il se présente plutôt comme un acteur discret. « L’ombre me va très bien. La lumière c’est pour ceux qui ont le courage d’aller affronter l’électorat. J’ai essayé une fois… » Et il garde un souvenir cuisant de l’expérience. Candidat Divers-droite aux élections cantonales de 2011 à Tours, il n’était pas parvenu à accéder au second tour. « J’ai appris. C’est dur d’aller en campagne, de gagner une élection. »

Il préfère désormais se proposer en éclaireur de sa présidente, d’autant plus que l’entente est bonne sur le plan personnel. « Elle ne me suit pas toujours, elle a son intuition politique qui parfois échappe au conseil. Et c’est elle la patronne. Je suis là parce qu’elle a voulu que j’y sois. » Les briefs sont fréquents entre les deux têtes de la collectivité pour choisir les angles et faire passer les messages clés. Ainsi, le coup de gueule de Coralie Dénoues en automne dernier, menaçant de vendre les bâtiments que le Département met gratuitement à la disposition de l’État pour dénoncer un « racket », ce serait plutôt son idée à elle. Le gel des subventions non obligatoires aux associations au moment du vote du budget en janvier, ce serait plutôt à mettre au crédit du conseiller. Dans un contexte financier historiquement contraint, le duo est au diapason de son assemblée pour affirmer que : « s’il y a des économies à faire, il faut peut-être aller les chercher dans le dur, dans la solidarité par exemple ou dans les coûts de production de nos services publics. » 

Hervé Cochetel, 53 ans, ne se projette pas trop loin au sujet de son avenir professionnel. «

J’espère aller jusqu’à la fin du mandat en 2028 et après on verra si la mission continue ou pas. Dans tous les cas ce n’est pas grave. J’aurais donné beaucoup d’énergie à ce territoire, je ne regretterai rien du tout. » Très attaché aux Deux-Sèvres, il a prudemment conservé sa maison dans sa région d’origine et rentre souvent le week-end « en essayant de ne pas ramener trop de travail à la maison, surtout quand il faut tondre la pelouse. » 

*Le Directeur général des services assure la coordination de l’ensemble des services du Département qui compte 1800 agents.

Making of

Durée : 1h

La présidente passe une tête discrètement au fond de la salle. Hervé Cochetel l’interpelle joyeusement : « Ah elle n’est jamais loin hein ! »

Et Coralie Dénoues glisse avant de s’éclipser : « Je l’écoute avec une grande confiance. »

@départementdesdeuxsèvres / @hervecochetel

Interview @karlduquesnoy
Crédit photo @lambertdavis