Étienne de Crécy
Toujours en mouvement
Figure incontournable de la French Touch, Étienne de Crécy continue d’avancer sans jamais regarder dans le rétroviseur. Plus d’un an après la sortie de Warm Up, album construit autour de collaborations inédites et de sonorités plus organiques, le producteur français poursuit son exploration musicale sur scène, où ses nouvelles compositions côtoient désormais les classiques qui ont façonné sa carrière. Après un passage remarqué à La Sirène de La Rochelle en 2025, puis plusieurs dates en Nouvelle-Aquitaine, notamment à Biarritz et près de Bordeaux, son univers continue de séduire un public toujours plus large.
Depuis plus de trente ans, vous refusez de vous répéter. Avec le recul, Warm Up apparaît comme un album à part dans votre discographie. Aviez-vous besoin de revenir vers une musique plus posée ?
C’est un album qui est particulier pour moi, parce que j’ai réexploré une partie de mon travail que j’avais un peu laissée de côté, avec des morceaux plus lents, plus down-tempo. C’étaient des morceaux que je faisais à l’époque du premier Super Discount et de Tempovision. Il y avait un peu cette influence-là que j’avais laissée de côté depuis. J’ai été hyper content de développer à nouveau cette partie de mon travail. L’autre particularité, c’est qu’il y a des chanteurs et chanteuses sur tous les morceaux, ce qui est nouveau pour moi. Avoir une voix sur chaque titre apporte quelque chose qui m’est extérieur et qui me fait apprécier encore davantage cette musique. Quand je suis tout seul à faire un morceau, il y a forcément un moment où je ne vais plus autant l’écouter. Là, comme il y a toute une partie collaborative, j’apprécie encore plus.
Cette place accordée aux voix donne une couleur très particulière à l’album. Était-ce une évidence dès le départ ?
C’est une idée qui est apparue au moment où j’ai commencé à faire les morceaux les plus lents. Un morceau de club instrumental a sa raison d’être : il est là pour faire danser les gens, il n’a pas forcément besoin de voix. Un morceau plus lent, je trouvais plus difficile de le faire exister uniquement en instrumental. J’ai commencé à imaginer assez rapidement des featurings sur ces morceaux-là. Une fois que j’en ai eu deux, j’ai eu cette vision : je me suis imposé de faire des collaborations sur tous les morceaux. Il fallait faire ça sur cet album-là. C’était le moment. C’est peut-être une décision un peu
abstraite, mais je m’y suis tenu.
Parmi tous les artistes invités, la présence de Damon Albarn a particulièrement retenu l’attention…
Toutes les collaborations ont été géniales et très singulières. Ce sont des artistes qui viennent d’univers très différents, qui ne connaissent pas forcément ma musique, voire qui ne sont pas spécialement sensibles à la musique électronique. Le travail dans sa globalité était donc
toujours intéressant. Celle avec Damon Albarn a une histoire particulière. Déjà parce que c’est quelqu’un qui possède une carrière extraordinaire. Mais surtout parce que ce morceau a été enregistré… il y a vingt ans. À cette époque, j’avais un projet de collaborations qui ne s’est finalement jamais concrétisé. Cette chanson est restée sur un disque dur pendant toutes ces années. Au moment de travailler sur Warm Up, je me suis souvenu qu’elle existait encore. Je suis allé rechercher cette voix, j’ai retravaillé les arrangements et l’instrumentation… Finalement, c’est un morceau qui a été sauvé
de la corbeille.
Cela signifie-t-il qu’il reste encore quelques trésors cachés dans vos archives ?
Oui (rires) ! Il reste quelques trucs… Il n’y a pas forcément des featurings aussi connus, mais il reste quelques morceaux. Peut-être qu’un jour ils sortiront.
Au-delà des collaborations, Warm Up marque aussi un retour assumé vers le sample et des textures plus organiques.
Je n’ai travaillé qu’avec des samples sur cet album. Aujourd’hui, la musique est très plug-ins, très digitale, que ce soit dans la pop, le hip-hop ou la
musique électronique. J’avais vraiment envie de retrouver les sonorités des samples, des textures plus organiques, plus vinyliques. La difficulté, c’était de conserver une unité. Les samples viennent de partout, les chanteurs aussi. L’enjeu de l’album était donc d’obtenir une direction artistique cohérente malgré cette diversité. Je pense avoir réussi à surmonter cette difficulté.
Comment parvient-on justement à créer cette cohérence avec autant d’univers différents ?
En réalité, dès le choix des voix, il y a déjà une direction artistique qui s’installe. J’ai l’impression que les artistes avec lesquels j’ai travaillé possèdent malgré tout une vibe commune. Suffisamment, en tout cas, pour que ça ne parte pas dans tous les sens. Ensuite, c’est un travail délicat. Si tu pars dans une direction qui n’est pas la bonne, il faut savoir s’arrêter (rires). Parfois, j’ai des morceaux qui me plaisent énormément, mais qui ne correspondent plus à la couleur générale de l’album. Dans ce cas-là, je préfère ne pas les garder.
Un album qui continue de vivre
Paru en mars 2025, Warm Up s’est imposé comme l’un des projets les plus personnels d’Étienne de Crécy. Plus mélodique, plus ouvert aux collaborations vocales, il a trouvé une seconde vie sur scène avant d’être prolongé par Warm Up Remixes, dans lequel plusieurs producteurs revisitent les titres de l’album. Une nouvelle preuve qu’après plus de trois décennies de carrière, le producteur parisien continue d’envisager sa musique comme un terrain d’expérimentation permanent.
@etiennedecrecy – Warm Up (Pixadelic)
Interview : Kelly Le Guen Photos : DR