Dominique A L’éternel retour du divin chauve

Dominique A
L’éternel retour du divin chauve

Dominique A, c’est un peu comme un vieux copain qu’on retrouve avec plaisir chaque année ou presque. Toujours présent, avec ses histoires et ses mélodies pleines de souvenirs. Mais en 2026, le grand chauve a-t-il encore quelque chose à dire ? 

Désormais doté d’une discographie conséquente (plus d’une quinzaine d’albums), le nantais Dominique A a toujours su naviguer avec nos émotions, entre nostalgie et modernité. Contrairement à nombre de chevelus, Dominique A n’a pas pris une ride. Sa musique vieillit diaboliquement bien, et les années qui passent la bonifient. C’est probablement dû au fait qu’il a toujours évolué en dehors des modes. Souvent en tournée – il a joué le 3 octobre au Moulin du Roc à Niort -, il répond avec un franc-parler devenu trop rare à nos questions inquisitrices mais bienveillantes. Le chanteur iconique livre crânement et sans concession sa vision de l’industrie musicale. 

Tu tournes très régulièrement. Quel est ton rapport à la scène après une carrière de plus de 30 ans ?

Dominique A : C’est vrai que j’ai beaucoup tourné. Un peu tout le temps. Autour de moi, on s’en plaint d’ailleurs parfois alors que pour moi, ça reste assez circonscrit dans le temps. Je ne suis pas sans arrêt sur les routes. Pour répondre à ta question, je l’aborde bien, notamment parce que je suis bien entouré. Pour moi, c’est 70% du truc. Avec qui tu pars, avec qui tu te retrouves sur les routes. Et aussi comment tu te sens par rapport à ce que t’es en train de proposer, ton répertoire, la façon dont tu l’as travaillé… Est-ce que t’es pas dans un sentiment de redites, de routine ? Voilà des questions qui viennent régulièrement sur mon tapis. J’essaie de faire en sorte de changer souvent d’environnement sonore, de renouveler un peu les équipes. Mais en même temps, j’aime bien l’idée de travailler sur le long terme avec les musiciens. J’essaie de naviguer entre toutes ces contradictions. 

Tu es chanteur depuis le début des années 90, mais aussi un grand amateur de musique, un mélomane, quelqu’un qui a aussi une vision critique de ce qu’il écoute. Quel regard critique portes-tu sur ta propre discographie ?

Il y a quelques années, j’avais sorti un livre aux éditions Le Mot et le reste où je sortais des autocritiques de mes disques. C’était pousser le bouchon assez loin. En même temps, c’était un regard assez objectif. Déjà, j’éprouve de la reconnaissance envers chacun de mes disques. Parce qu’ils m’ont accompagné, et qu’ils m’ont permis de vivre cette vie pendant quelques années chacun. Dans le lot, je dirais qu’il n’y en a aucun dont je rougis, mais 4 ou 5 me semblent un peu meilleurs que les autres. C’est normal, il y a des disques dont on se désolidarise avec le temps. C’est aussi normal parce que je change un petit peu. A une ou deux exceptions près, j’ai quand même l’impression que leur réalisation a toujours correspondu à un vrai désir de musique à un moment donné, à un désir de son en particulier. Il y en a très peu que je trouve complètement ratés par rapport à l’intention de départ. « Tout sera comme avant » est un vilain petit canard, parce qu’il est un petit peu trop « trop » . Il y a aussi le deuxième, « Si Je connais Harry », parce qu’à l’époque, je naviguais, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. 

Quand tu as commencé ta carrière il y a plus de 30 ans, tu as rapidement été associé à ce qu’on appelait alors la « nouvelle scène française », avec Miossec, Arthur H., Thomas Fersen, Katerine,…etc. Aujourd’hui, il y a à nouveau une nouvelle « nouvelle scène française » foisonnante. Quels sont tes liens avec cette scène ? Est-ce qu’il y a des groupes, des projets qui t’intéressent ? Ou c’est quelque chose que tu ne suis pas forcément ?

Oui, il y a plein de trucs qui sortent. La différence, c’est qu’à mon arrivée, il était encore possible de suivre assez facilement à peu près tout ce qui sortait, en tout cas en grande partie. Aujourd’hui, c’est rigoureusement impossible. Je peux te citer des noms de choses que j’ai bien aimées ces temps-ci. J’ai beaucoup aimé par exemple le dernier album de LENPARROT, « La conversation », qui est sorti en vinyle. C’est vraiment un album qui sort sur un petit label et qui souffre d’être sous-exposé, de ne pas pouvoir être assez défendu alors qu’il pourrait aller vers plein de gens. Même si c’est pas un perdreau de l’année, j’ai aussi beaucoup aimé le dernier album de Frédéric Lo. Qui est-ce que je pourrais te citer dans les jeunes ? Je regarde mes cd en te parlant mais je ne vois que des vieux (Rires). Ah, si. Il y a des gens vraiment bien, comme par exemple Claire Redor ou Coline Rio, dans un registre de chansons plus classiques. 

Toute la chaîne de production et de diffusion de la musique s’est démocratisée. Cela provoque ce qu’on connaît aujourd’hui : des artistes dans tous les coins et une impression de profusion qui peut presque parfois conduire à un sentiment d’avalanche de nouveautés. Cela provoque aussi une concurrence accrue entre les artistes. 

Dans ce nouveau monde, je crois que ce qui importe le plus pour un artiste, c’est d’avoir un public qui le suit. C’est ça qui va permettre à l’artiste de continuer et de vivre. Personnellement, je ne me sens pas du tout dans une course ou dans une compétition. Pour les artistes qui sont apparus depuis peu d’années, il est probable que c’est plus difficile. Ces projets-là sont parfois un peu plus fragiles parce que le public n’est pas tout à fait là. C’est souvent un petit public. Les jeunes artistes qui arrivent n’ont pas vraiment d’autres choix que de jouer des coudes. C’est la course à qui aura la meilleure idée pour être remarqué dans la façon d’exposer sa musique, au-delà de la musique elle-même. Je ne sais pas si ça répond vraiment à ta question ! (Rires).

Quels sont les prochains projets dont tu peux éventuellement parler aujourd’hui ?

Les mêmes que d’habitude (Rires). Tourner et faire des enregistrements. Jusqu’à fin 2025, on tourne en trio dans toute la France. Une formule acoustique, mais de plus en plus électrique parce que je joue quand même pas mal de guitare électrique. On vient aussi de commencer l’enregistrement d’un disque à quatre. C’est du circuit court, on l’enregistre dans un studio à 3 kilomètres de chez moi. C’est un retour aux sources puisqu’il est enregistré au Garage hermétique, là où j’avais mixé « La Fossette ». Entre-temps, le studio a changé de lieu et d’aspect. Il est aujourd’hui très bien équipé et de plus en plus de gens viennent pour y enregistrer. On a commencé une session où on a enregistré 13 morceaux. Et on va continuer à travailler dessus à l’automne, et en enregistrer encore 10 autres. On va sans doute sortir des extraits au printemps, sous une forme ou une autre. L’album devrait sortir à l’automne 2026. 

Rien d’autre sous le coude ?

Si (Rires). Je fais de l’auto-édition. On est en train de mettre la main à la pâte à un livre qui sera tiré à quelques centaines d’exemplaires. Ce sera un livre de tournée. Un livre de photos. Des photos que prend depuis des années le backliner avec qui je travaille sur mes tournées. Au départ, c’était vraiment pour alimenter mes réseaux sociaux puisque je suis infoutu de le faire moi-même. Et puis de fil en aiguille, comme ses photos sont vraiment bien, est venue l’idée d’un bouquin. Au départ, je voulais chercher un éditeur. Et plutôt que de s’emmerder avec tout ça, j’ai décidé de le financer moi-même. C’est ce qui m’a finalement conduit à créer les éditions Livre Sourd. Comme quoi j’ai de la suite dans les idées. Tu as la primeur de cette information. Ce sera soit un one-shot, soit le début d’un nouveau pan de mon activité. Et d’un nouveau temps de mon activité, qui serait d’éditer des livres. L’idée en tout cas me plaît bien. 

Interview @Albert_Potiron

Crédit photo : @XXXX