Clara Morgane Clara Morgane

Clara Morgane
Clara Morgane

Certains débuts marquent plus que d’autres à la culotte. Comme Sylvia Kristel, Clara Morgane portera peut-être toute sa vie son passage dans l’industrie du X comme une croix. Un poids qu’elle a su transformer en force vive depuis une vingtaine d’années. La revoilà avec son nouveau spectacle : Au 7ème.

Actrice X, mannequin, playmate, actrice, auteure-compositrice-interprète, chanteuse, présentatrice du journal du hard, productrice de spectacle, danseuse… Depuis qu’elle a quitté Marseille à peine majeure, la bombe des calanques a creusé son trou et fait son chemin. Faites le test autour de vous et prononcez son nom, tout le monde ou presque sait qui est Clara Morgane. Une notoriété que cette jeune femme dynamique au rire ravageur a su faire capitaliser, en bonne femme d’affaires. Auréolée d’un nouveau single écrit par Pascal Obispo, elle tourne depuis quelques mois avec un nouveau spectacle complet, rutilant et divertissant intitulé « Au 7ème ». L’occasion pour elle de prôner un message féministe lui tenant à coeur. Clara a-t-elle encore le diable au corps ? Nous sommes allés lui poser quelques questions indiscrètes. 

Bonjour Emmanuelle, comment allez-vous ?

Bonjour (Rires). Et vous ? C’est marrant que vous m’appeliez par mon vrai prénom. Nan, mais ça commence bien, j’aime bien. Je suis impatiente d’arriver à Bressuire où on va jouer notre spectacle, parce que j’arrive enfin à dire le nom de cette ville.

Vous venez  à Bressuire pour présenter votre spectacle « au 7ème ». Pouvez-vous nous en parler ?

C’est un spectacle qu’il faut voir comme une ode à la femme. Je m’entoure de femmes de talent, de femmes surprenantes. Des acrobates, des effeuilleuses, des danseuses. C’est un spectacle qui retrace l’histoire du genre féminin à travers trois époques : la monarchie, les années folles et la période actuelle. Cela permet d’observer le chemin parcouru et de s’en réjouir, mais aussi de parler du chemin restant. C’est un spectacle sur la sororité, et un féminisme que je qualifierais d’humaniste, c’est-à-dire qui invite les hommes avec nous.

Il y règne donc un fort sentiment de partage ?

Exactement. On parle de féminisme, c’est certain, mais en réalité on en parle plus au sens figuré qu’au sens propre. J’estime que c’est par les actes, par la beauté et par ce que nous – les femmes – savons faire et mettre en lumière que nous parlons féminisme. Il n’y a pas besoin de mettre des mots partout, mais plus simplement des femmes fortes et déterminées, athlètes, artistes. Je pense que leur art parle pour elles et déterminent finalement très simplement leur positionnement, leurs envies et leur liberté.  

A la fin de la représentation, Obispo vient me voir et me dit « J’ai écrit une chanson pour toi »

Vous tournez beaucoup avec ce spectacle. Comment se passe la vie de troupe ? Y-en-a-t-il une d’ailleurs ?  

On a 50 dates par an, nous sommes donc extrêmement proches. C’est un des spectacles français qui tourne le plus. Etant productrice, je dois gérer 15 personnes. C’est pas facile tous les jours mais on s’aime profondément et on partage toutes et tous une chose, c’est l’envie de délivrer le même message. La vie de tournée n’est pas toujours simple. On aura aussi une résidence parisienne de 15 dates à La Nouvelle Eve.

A propos de partage, il y a aussi « Et bleu », ce single avec Pascal Obispo. Comment l’avez-vous rencontré et d’où est venue l’idée d’un single ?

C’est très simple. Pascal était venu voir mon spectacle précédent qui était déjà un spectacle de cabaret avec lequel j’ai tourné pendant 6 ans. J’ai d’ailleurs mis 6 années pour réaliser quel message j’avais véritablement envie de délivrer. J’étais en pleine réflexion, en pleine création. Je savais déjà que je voulais faire un spectacle qui serait une ode à la femme sans trop savoir comment. Pascal Obispo avait beaucoup aimé l’ancien spectacle. A la fin de la représentation, il vient me voir et me dit « J’ai écrit une chanson pour toi ». C’est toujours un peu tendu quand un artiste vous dit ça, car si le morceau ne vous plaît pas, ça peut être assez gênant. J’ai écouté, et je suis tombée folle amoureuse de cette chanson qui s’appelle Et bleu.

Qu’est ce qui vous a plu dans ce morceau ?

Déjà parce qu’elle avait un sens pour moi. Il cite – enfin je cite, maintenant – dans cette chanson toutes les femmes célèbres et illustres qui m’ont accompagnées dans ma vie, de George Sand à Simone Veil. Toutes ces femmes qui m’ont touchées et qui parlent de féminisme. Bref, j’ai eu un flash et je me suis retrouvée dans cette chanson. Une nouvelle fois, les planètes semblaient s’être alignées pour moi. Aujourd’hui, ce morceau qui est une ode à la femme fait l’ouverture de mon nouveau spectacle. J’avais répondu à Obispo que j’aimais sa chanson mais que je voulais que sa voix soit dessus, ce qu’il m’a offert à la fin de la chanson, comme il l’avait fait avec Natasha St-Pier. On y entend sa voix, où il dit en plus « Et bleu créa Clara Morgane ».

C’est un clin d’oeil au couple Vadim-Bardot ?

Non. C’est Obispo-Morgane (Rires). 

Impossible de parler à Clara Morgane sans évoquer le porno puisque vous avez commencé votre carrière dans ce secteur. Diriez-vous qu’il vous a servi dans la vie et qu’il a nourri votre position féministe?

Je pense que nous sommes tous fait d’une succession de convictions que nous construisons au fil du temps. Au début de ma carrière, je ne me sentais pas féministe, parce que je vivais le féminisme. J’ai toujours été déterminée à vivre ma vie, à être libre, à faire fi des commentaires, à avancer, à créer et à être une artiste. Jamais personne n’a pu me freiner. 

Aujourd’hui, il faut entreprendre pour se faire connaître. J’ai eu la chance de le comprendre très vite, vers 23 ou 24 ans

Votre carrière dans le cinéma X n’a pas été un déclencheur particulier ?

Au fur et à mesure des années, j’ai vu des femmes renoncer autour de moi, voire être maltraitées. C’est là que j’ai pris conscience de la nécessité de devenir féministe. Mais un féminisme qui m’appartient et que j’ai formé moi-même tout en embarquant beaucoup de femmes autour de moi. Aujourd’hui, nous sommes 7 femmes en scène pour « Au 7ème ». Ma pensée aujourd’hui résulte de toute une vie, de toute une carrière. Je ne peux pas dire qu’un épiphénomène, que ce soit le porno ou autre chose, soit responsable de ma pensée actuelle mais il participe bien sûr à un tout. Aujourd’hui, j’ai 20 ans de carrière dans la musique, dans le théâtre, dans la danse. Et ce sont ces 20 ans qui m’ont mené jusqu’à ce spectacle.

Dès l’introduction de votre communiqué de presse, vous vous décrivez comme une chef d’entreprise. Pourquoi ?

Je me qualifie en effet d’artiste entrepreneuse, car c’est ce que je suis. En fait, je me suis rapidement rendu compte qu’on pouvait être la meilleure artiste au monde, si on reste seule dans sa chambre sans rien entreprendre, il ne se passera rien. Je me suis rendu compte aussi que dans ce métier, avoir un vrai agent qui défend vos intérêts et tente de vous placer dans des projets intéressants, c’était extrêmement rare. On a changé d’époque, les mentors ont disparu. Aujourd’hui, il faut entreprendre pour se faire connaître. J’ai eu la chance de le comprendre très vite, vers 23 ou 24 ans. J’ai tout de suite créé des sociétés qui m’ont fait m’élever. Certes, j’ai énormément travaillé et j’ai rarement pris des vacances en 20 ans, mais j’ai prouvé, je pense, que d’aussi bas qu’on parte, avec des rêves, de la tolérance, de la bienveillance et un boulot acharné, on peut réussir dans cette époque.

Cela n’était pas possible avant ?

C’était impossible. Il y a un siècle, le vote des femmes n’était même pas autorisé et il était extrêmement compliqué de se réaliser en tant que femme. Aujourd’hui, je me sens totalement libre, et c’est une vraie fierté de proposer des projets artistiques qui marchent et qui fonctionnent.

Pouvez-vous nous dire un petit mot de votre prochain projet après ce spectacle ou est-il encore trop tôt ?

J’en ai plusieurs : dans la fiction, en tant qu’auteure puisque je suis en train d’écrire un roman,…Je ne vous cache pas que j’ai beaucoup de projets en route. J’ai pas fini de parler ! (Rires). 

Vous ne vous qualifieriez tout de même pas comme hyperactive, si ?

Si. D’autant que je suis diagnostiquée comme telle. Et que je l’assume complètement. 

Merci Emmanuelle, enfin Clara ! Un dernier mot ?

(Rires) Je n’ai pas gardé ce prénom car il avait déjà été pris par Sylvia Kristel dans un film que vous devez connaître. Je voudrais juste vous demander une chose. Ne soyez pas trop cru dans le titre de l’article si vous le pouvez. J’ai souvent de mauvaises surprises avec les journalistes, mais j’ai confiance en vous !

Interview @Albert_Potiron

Crédit photo : @DR