Charlie Dalin
Au-delà de l’horizon
Le 14 janvier dernier, un an après son arrivée victorieuse sur le Vendée Globe 2025 et trophée en main, Charlie Dalin était de retour à Niort pour inaugurer le nouvel espace « La Macif et la Mer ». Entre les souvenirs d’une victoire historique et l’évocation sans détour de son combat contre le cancer, le skipper s’était confié avec une sincérité rare.
Quelques mois plus tard, sa disparition donne à ces échanges une résonance toute particulière. Cette interview témoigne de la force de caractère, de la lucidité et de l’humanité d’un immense champion, dont les mots résonnent aujourd’hui comme un précieux héritage.
Charlie, vous êtes ici pour découvrir ce nouvel espace, « La Macif et la Mer ». Qu’est-ce que cela vous inspire de voir votre histoire exposée ainsi ?
Il y a pas mal d’émotions qui remontent. Je retrouve mon ciré que j’avais sur le Vendée Globe, il y a de belles photos, de magnifiques maquettes… Ils ont même installé une des voiles du bateau au plafond, c’est très bien fait ! Il y a beaucoup de souvenirs ici. C’est une belle manière de célébrer nos victoires communes.
Nous venons de fêter l’anniversaire de votre arrivée victorieuse aux Sables-d’Olonne. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette année 2025 ?
2025, ça a été galère surtout au niveau de la santé. Sur le moment, je n’en ai pas beaucoup profité car j’ai dû subir des opérations. Mais ce 14 janvier 2025 reste un très bon souvenir. C’est la plus belle victoire de ma carrière, un moment incroyable.
Dans votre livre, vous avez révélé avoir pris le départ en sachant que vous étiez atteint d’un cancer. Aujourd’hui, comment allez-vous ?
Je ne suis pas guéri. Je suis toujours sous traitement. Les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis la sortie du livre, la situation s’est stabilisée, mais je continue à me battre pour tout faire pour me débarrasser de cette maladie.
Avez-vous conscience d’être perçu comme un « surhomme » par le grand public après votre succès malgré la maladie ?
Je ne sais pas si j’en suis un. Mais plusieurs médecins m’ont dit qu’ils me citaient en exemple auprès de leurs patients pour les aider. Je me disais que révéler tout cela dans un livre pouvait être utile. Si mon histoire peut aider des gens, tant mieux. C’était l’objectif, donc objectif atteint.
Vous partagez d’ailleurs une anecdote surprenante sur votre gestion de la douleur en mer : le savon de Marseille sous l’oreiller pour dormir…
Oui ! C’est un remède de grand-mère qui fonctionnait vraiment. Le traitement que je prenais pendant la course me donnait pas mal de crampes musculaires. Ma professeure, qui me suit, m’a conseillé de mettre un savon de Marseille à côté de mon oreiller. Personne ne sait vraiment pourquoi, mais ça a l’air de fonctionner ! Bon, aujourd’hui, je n’ai plus besoin de dormir avec.
Si vous pouviez parler au Charlie Dalin de 8 ans qui découvrait la voile, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais : « Tu as réalisé tes rêves, c’est bien. Mais par contre, va faire un scanner en 2022 ! » Histoire de dépister la maladie un peu plus tôt… J’aurais bien aimé qu’on la découvre avant.
Côté sportif, vous avez été élu Marin de l’année 2025. Une consécration ?
C’est un titre qui me fait rêver depuis longtemps. La première fois que j’ai assisté à cette cérémonie, c’était en 2009, après ma Mini Transat. À l’époque, c’était Michel Desjoyeaux qui recevait le prix. J’avais des étoiles dans les yeux, je ne m’imaginais même pas qu’un jour ce serait moi. Le recevoir un an après ma victoire, avec toute mon équipe sur scène, c’était vraiment émouvant.
La mer vous manque-t-elle ?
Oui, beaucoup. Je fais tout pour pouvoir la retrouver le plus rapidement possible. Je fais beaucoup de sport pour me remettre en forme physiquement. En parallèle, je travaille avec l’équipe design sur la conception du nouveau bateau Macif pour le prochain Vendée Globe, qui sera pour Sam Goodchild. Il y a pas mal de pistes pour le rendre encore plus performant. Ça avance !
@charliedalin ; @macif
La force du destin (Gallimard)
Texte @gw_scanff
Photos @lambert.davis