Blanca Li  Revisite le mythe de Didon et Énée

Blanca Li
Revisite le mythe de Didon et Énée

Après avoir chorégraphié l’opéra « Didon et Énée » à l’invitation de William Christie, directeur musical de l’ensemble baroque Les Arts florissants, la chorégraphe, danseuse, comédienne et réalisatrice espagnole Blanca Li a eu envie de prolonger le travail avec un pur ballet accompagné de la même musique sur cet opéra en trois actes écrit en 1689 par le compositeur anglais Henry Purcell, sur un livret de Nahum Tate d’après l’ « Énéide » de Virgile. 

L’artiste, qui a été élue académicienne à l’Académie des Beaux-Arts en 2019, raconte par le corps, dans cette création de 2024 portée par dix danseuses et danseurs, l’histoire d’amour tragique entre Didon, reine de Carthage, et Énée, prince de Troie et futur fondateur de Rome, de la naissance de leur passion à la trahison d’Énée. À découvrir à l’occasion des 40 ans du Moulin du Roc, jeudi 8 octobre.

Ce projet fait suite à une commande des Arts florissants, vous aviez un goût d’inachevé ?

On devait faire la mise en scène chorégraphique de l’opéra « Didon et Énée ». J’aimais tellement la musique que, lorsqu’on l’a terminée, j’ai eu envie d’aller plus loin avec la création d’un ballet. J’ai donc demandé à William Christie, le directeur, d’enregistrer l’opéra le dernier jour de la tournée, au Gran Teatre del Liceu de Barcelone. Il y a un peu de danse dans cet opéra mais aussi des musiciens, un chœur, des chanteurs qui se partagent l’espace… Cela fait beaucoup de monde sur scène, ce n’est pas facile d’en faire un vrai ballet. 

Est-ce compliqué de traduire un opéra en danse ?

J’avais déjà travaillé un mois avec les danseurs et un mois avec l’équipe de William Christie pour l’opéra. On a travaillé trois mois de plus sur la création du ballet. C’est rare de prendre un opéra pour en faire un ballet, je ne l’avais jamais fait auparavant. C’est quelque chose de spécial, on raconte les émotions ressenties par différents personnages. Il faut raconter beaucoup de choses en peu de temps.

Vous avez choisi de vous concentrer sur les émotions.

L’amour, la séduction, le côté dangereux de l’amour, la passion qui devient trop forte, l’acte sexuel qui génère « le drama », la trahison, l’abandon, le suicide. J’ai voulu transmettre ces émotions à travers la danse, par le corps. Même si l’opéra et la musique racontent déjà beaucoup de choses, le langage chorégraphique est spécial. Est-ce qu’on peut laisser, ou pas, cet amour exister ?

Les émotions les plus fortes passant par le diaphragme, les mouvements surgissent de là, c’est quelque chose d’émouvant. Ce n’est pas juste une danse descriptive des émotions, ce sont les émotions elles-mêmes. C’est une danse très physique, les danseurs passent par tous les états, ils représentent parfois la musique, parfois le chœur, parfois les personnages, ils jouent tous les rôles. Il y a des moments du ballet concentrés sur la narration et d’autres plus abstraits, plus symboliques.

Vous avez opté pour une mise en scène épurée, c’est original pour un opéra.

Oui, il n’y a rien sur scène à part une couche d’eau, un sol noir, un peu de lumière.  Les corps sont presque nus, leur présence est très forte. Ils sont ainsi mis en valeur, cela laisse de la place aux mouvements et aux émotions, à ce qu’on veut faire passer, il n’y a rien en travers.

La présence d’eau sur scène est également atypique.

Dans la mythologie, l’eau est très présente, surtout la Méditerranée. Et d’autant plus dans l’histoire de « Didon et Énée ». Énée arrive de loin, par la mer. Et il repart de nouveau par la mer pour accomplir son destin. 

Vous sortez du cadre académique.

On a rajouté un prologue, une ode à la musique, à la nature, à l’amour, qui n’existait pas dans l’œuvre initiale, pour avoir une introduction joyeuse, une rencontre pétillante avant que l’histoire ne démarre.

Les danseurs proviennent de différentes formations, du classique, du contemporain, du hip-hop. Cela donne quelque chose de spécial de très complet qui porte cette œuvre.

Vous venez présenter ce spectacle à l’occasion du 40e anniversaire du Moulin du Roc. Vous étiez déjà venue pour les 20 ans. 

Oui, pour les 20 ans, on avait rassemblé beaucoup d’artistes et j’avais fait la mise en scène d’un gros spectacle ainsi que quelques prestations. Le Moulin du Roc est une scène importante pour moi, j’ai toujours été attachée à ce théâtre, il fait partie des moments importants de ma vie, c’est l’une des premières scènes qui m’a accueillie lorsque je suis arrivée en France. Et j’y ai présenté une dizaine de spectacles. Les Niortais sont très chaleureux et fidèles, ils m’ont toujours suivie.

@blancali

« Didon et Énée », 08/10/2026, 21 heures @Moulin du Roc. 

Interview @Jenny Delrieux

Photos @ Lalo Cortes (portrait), Dan Aucante (pièce)