Qui a dit que la musique classique était tournée vers le passé ? Certainement pas Blaise Cardon-Mienville ! Ce jeune chef d’orchestre parisien pourrait bien bouleverser certaines idées reçues sur ce style trop longtemps considéré comme réservé à une cible érudite. Entre autocritique de la discipline et renouveau du genre musical, rencontre avec celui qui a dirigé l’orchestre éphémère des Eurochestries à Niort.
Âgé de tout juste 25 ans, Blaise Cardon-Mienville était de passage à Niort cet été dans le cadre des Eurochestries. Ce festival international rassemble chaque année quelques-uns des meilleurs musiciens et chefs d’orchestre du monde, afin de diffuser la musique classique le plus largement possible, et de participer à la faire découvrir. Un « honneur » pour Blaise, qui a débuté sa pratique musicale au Conservatoire de Paris à l’âge de 8 ans, et sur l’impulsion de ses parents. Un monde qu’il ne quittera plus jamais par la suite : « La musique m’a happé dès le début », confie-t-il. Très vite, inspiré par son professeur de tuba, il découvre le saxhorn et en fait son instrument de prédilection.
« A l’avenir j’aimerais beaucoup jouer ou diriger des musiques de jeux vidéo »
Loin de se complaire dans une pratique occasionnelle, Blaise veut aller plus loin. S’offre alors à lui un choix : « Après le bac, je me suis demandé si je devais faire carrière dans la musique ou bien dans les jeux-vidéo », son autre passion. Mais la musique l’emporte, et c’est lorsqu’il rencontre Adrian McDonnell (chef d’orchestre et professeur en direction musicale au Conservatoire de Paris) que naît sa vocation pour la direction d’orchestre : « C’est lui qui m’a transmis sa passion, son art et sa technique ».
Lorsqu’on le questionne sur les qualités nécessaires pour être un bon chef d’orchestre, Blaise nous explique volontiers qu’au-delà de la beauté de l’exercice, il voit cette discipline comme une forme de management : « La fonction première de ce rôle est d’arriver à gérer tous ces gens qui travaillent ensemble pour qu’ils créent quelque chose de subtil, de délicat, parfois même d’immense et d’imposant. C’est assez proche du travail de manager en fait. ». Une vision moderne de son rôle, en somme.
Moderne, c’est probablement l’adjectif qui décrit le mieux Blaise Cardon-Mienville. Lorsqu’on l’interroge sur les artistes qu’il aime écouter dans son temps libre, loin des classiques attendus, il répond Orelsan, Gaël Faye et la rappeuse argentine Nathy Peluso. De la même façon, si on lui demande son avis sur la musique classique dans les morceaux contemporains, il nous citera spontanément Apocalyptica, Frank Zappa, et sortira volontiers son téléphone pour nous faire écouter un extrait d’un titre de Stupeflip qui sample l’Ouverture de Der Freischütz de Weber. Des intérêts musicaux loin des stéréotypes liés à son métier !
Métier d’ailleurs sur lequel Blaise pose un regard très lucide : « Le monde de la musique classique est bien conscient du problème. Le fait est que son public vieillit. » Mais pour pallier ce manque d’intérêt pour sa discipline, il dispose d’une arme redoutable, la « médiation » : « Moi ce qui me plait beaucoup c’est aller à la rencontre du public, leur parler du programme, l’expliquer, lui redonner du contexte. » Et si on lui demande par quel biais on peut découvrir la musique classique, il recommande de se documenter sur l’histoire d’une œuvre pour « être en mesure de comprendre et de s’investir » dans ce qu’on entend.
Curieux de tout, Blaise additionne les cordes à son arc. Il est tour à tour musicien, arrangeur, instructeur… « Ce week-end je suis allé jouer avec une fanfare des Balkans. Et ça n’a rien à voir ! Il n’y a pas de chef, c’est une musique de rue, tout se fait à l’oreille… Je pense que tous les projets musicaux se nourrissent, il s’agit juste de savoir bien gérer son temps. »
« Vouloir confiner la musique classique aux salles de concert et aux grandes œuvres du passé, c’est la tuer »
Et le temps, c’est la seule chose qui manque à Blaise pour réaliser tous ses projets ! « Aux Etats-Unis, j’ai pu être introduit à la culture du voguing, des boîtes de nuit… Avec ces artistes-là, on aimerait beaucoup aller au Japon. » nous explique-t-il quand on lui demande ce qu’il prévoit pour les années à venir.
Quoi qu’il en soit, sa vie, il ne saurait l’imaginer sans musique : « Je me fiche de ce qui constituera ma vie pour l’avenir, tant qu’elle est faite de musique. Je ne sais pas où je serai dans deux ans, et ça me convient très bien. C’est Rachmaninov qui dit « La musique suffit pour une existence, mais une existence ne suffit pas à la musique. » »
Une véritable mentalité d’artiste que nous sommes curieux de suivre pour les années à venir !