Alain Chamfort L’éternel retour

Alain Chamfort
L’éternel retour

Peut-on être dandy, avoir plus de 80 ans et avoir toujours quelque chose à dire ? Alain Chamfort répond oui, et nous offre une compilation aux airs de générique de fin. Rencontre avec un des derniers mythes de la chanson française.

Paradis, La fièvre dans le sang, L’ennemi dans la glace, Souris puisque c’est grave,…De Manureva à Sinatra en passant par Traces de toi et beaucoup d’autres titres phares, ce dandy réservé aura marqué de nombreuses générations d’auditeurs. Paré d’une carrière aussi longue que riche, Alain Chamfort sort « Temps forts », une compilation gargantuesque qui permet de mesurer l’empreinte d’un géant trop modeste pour être totalement sincère ? Le mystère planera toujours, et c’est tant mieux. Les moins de 50 ans auront quelques difficultés à comprendre à quel point Chamfort est une légende. Modeste, donc, recroquevillée. Mais une légende. Le désormais octogénaire a toujours su marcher sur le fil, entre mainstream, variété et aventures souterraines. Le voilà de retour avec un – dernier ? – tour de piste. Pour le meilleur, pour le Best of.

Commençons par parler un petit peu de votre dernière sortie, cette compilation « Temps forts ». 50 morceaux, 3h20, c’est un « sacré morceau ».


C’est d’abord un choix de maison de disques. Un travail d’exploitation du back catalogue, faute de nouveautés. Pour ce « Best of », la maison de disques a pris les chansons qui ont été le plus plébiscitées, ou celles qui avaient bénéficié d’un soutien médiatique. Elles parlent à la mémoire collective. Les gens se rappellent de ce qu’ils faisaient à ce moment là. J’ai aussi personnellement voulu ajouter d’autres chansons qui avaient aussi leur place. Je ne considère jamais qu’une chanson est moins importante qu’une autre. On a la même attitude dans la quête d’écriture. Toutes mes chansons sont traitées de la manière. Cette compilation, c’est aussi l’occasion de faire connaître des morceaux moins connus. Je rencontre pas mal de gens dans la rue qui sont très gentils avec moi, mais qui me disent « j’aime beaucoup ce que vous faites, que devenez-vous ? ». Beaucoup connaissent les morceaux diffusés à la radio, moins le reste de ma discographie.


Vous avez évolué dans la variété des années 70, dans la pop plus sophistiquée des années 80, et dans des projets plus confidentiels par la suite. Quel a été le tournant décisif dans votre parcours?


Sans aucun doute quand j’étais chez Claude François. J’étais dans son environnement avec ses conseils, sa présence, son influence. J’assistais à ce
qu’il mettait en place pour maintenir sa position de leader sur le marché. Je m’étais un peu laissé entraîner là-dedans. Pourquoi pas ? C’est une manière de faire ce métier. Je n’avais pas d’a priori réel, mais très vite s’était installé un sentiment de malaise. Je n’avais pas la personnalité pour adopter la même attitude que lui. Mais il avait l’expérience. Il avait le succès, il avait tout. Et je me disais certainement que c’était agréable de pouvoir connaître aussi ces choses là. Je m’étais laissé entraîné avec lucidité, en étant très conscient tout ça. Mais j’avais été rattrapé par ma conscience. Je n’avais plus envie de de ressentir ça. Et j’ai alors été beaucoup plus à l’écoute de mes propres envies, de mes goûts.


A un moment, avez-vous envie de rester en marge ?


Non. Je me suis toujours senti appartenir au monde de la musique. J’écoutais des artistes que mes amis écoutaient aussi. Je partageais des conversations avec des gens que je fréquentais. Je n’ai jamais cherché à faire des choses hermétiques ou à désarçonner les gens. Quand je me suis mis à travailler avec Jacques Duvall, on avait tous les deux les mêmes envies et on se posait une seule question « Qu’est ce qu’on aimerait écouter, nous ? Alors, faisons-le ! »


Vous avez aussi travaillé avec Serge Gainsbourg. En quoi ces collaborations ont modifié votre rapport aux mots ?


J’avais un rapport beaucoup plus intime avec la musique qu’avec les textes. La musique me comblait. Quand j’ai quitté Claude François, je suis directement allé voir Serge parce que j’avais de l’admiration pour lui, et parce que je savais que lui seul marquerait cette rupture qui m’était nécessaire. Je savais qu’on ferait des chansons très différentes. Il avait cette capacité à m’amener ailleurs. De mon côté, je n’avais pas développé de mécanisme d’écriture. J’étais très loin de pouvoir écrire seul un texte de sa qualité. Juste après Serge, j’avais été présenté à Duvall. Serge avait aussi la capacité d’apprécier la musique que j’écrivais. Jacques, qui n’était pas musicien, était moins sensible à ça. Je connais mes limites. J’ai toujours préféré collaborer avec des gens brillants plutôt que de conserver ces limites.

Nombre de vos chansons parlent de séduction, de mélancolie, de dandy.


Parce que c’était aussi des thèmes de Serge et Jacques. On est plusieurs à avoir eu cette dépendance. Julien Clerc avec Etienne Roda-Gil, Voulzy avec Souchon, ou Christophe qui collaborait avec des auteurs qui lui avaient permis de créer un univers. Je n’étais pas le seul à bosser avec des paroliers. Bashung aussi, avec Boris Bergman ou Jean Fauque. Les rencontres permettent de créer des univers.


Aujourd’hui, que pensez-vous de vos premiers morceaux ?


Je suis indulgent avec eux. C’est comme regarder une vieille photo. Vous savez que c’est vous, sans en être vraiment certain. Vous avez parfois
l’impression parfois d’écouter quelqu’un d’autre. Mais je les écoute avec une certaine tendresse. Avec le sentiment de n’avoir jamais fait n’importe quoi. C’est aussi ça qui me plait dans une compilation comme « Temps forts », c’est un parcours.


Au fait, sur votre précédent album, « L’impermanence », vous aviez collaboré sur un morceau avec Sébastien Tellier. Pourquoi ?


On travaillait alors avec le même ingénieur du son, chacun pour nos projets différents. Sébastien avait montré un intérêt pour qu’on travaille ensemble. Mon album était alors presque fini. C’était un peu tard pour l’inclure dans l’abum. On a alors fait quelques chansons ensemble et on les a sorti sur un EP. Une d’entre elles, Whisky Glace, avait son sens pour figurer dans mon album, on l’y avait donc mise. Mais je n’aimerais pas qu’on pense que je suis un vieux qui essaye de se raccrocher à la jeunesse. C’est pas le cas (Rires).

En concert à Fontenay le Comte le 17 mars 2026 (Espace René Cassin)

Interview @Albert_Potiron
Crédit photo : @DR