Hina Conradi La mémoire de l’eau

Hina Conradi
La mémoire de l’eau

À seulement 20 ans, Hina Conrandi s’impose comme une figure montante du surf français. Originaire de l’île de La Réunion, elle a su transformer une passion familiale en véritable vocation. Championne de France et troisième aux Championnats du Monde ISA Junior,son objectif se tourne dorénavant vers les Jeux Olympiques de 2028. Hina raconte son parcours, ses défis, et les leçons apprises. Rencontre avec une jeune athlète déterminée lors de son passage chez son sponsor Poujoulat, qui n’hésite pas à se dépasser, tout en gardant les pieds sur terre.

Qu’est ce qui t’a attirée dans le surf ?

C’est une histoire de famille. Ma mère faisait du bodyboard en compétition, mon père en loisir et un peu en compétition, mais pas au haut niveau. Mon frère aussi était inscrit dans une école de surf. On habitait près de la mer, mais à la base, je faisais de la danse classique. Étant la petite sœur, mon objectif était de faire comme mon grand frère et petit à petit la passion pour le surf a grandi.

Tu as commencé à quel âge ?

J’ai commencé à 6-7 ans. À cette époque, les entraînements de surf tombaient en même temps que mes cours de danse classique, donc j’ai dû faire un choix. Mais ça m’a beaucoup appris. Petite, on me disait que la danse classique donnait un style particulier à mon surf. 

Tu es passée par plusieurs catégories d’âge dans tes compétitions. À quel moment as-tu ressenti une évolution en fonction des catégories auxquelles tu participais ?

Quand on a quitté la Réunion, j’avais 10 ans. La première année en métropole a été très compliquée : l’eau n’était pas la même, les vagues non plus. À la Réunion, j’étais habituée à une vague parfaite qui déroule dans un seul sens. En métropole, c’était des vagues multipics qui viennent de partout. 

Dès le premier été, j’ai commencé des compétitions où j’étais surclassée. J’affrontais des filles de 12 ans alors que j’en avais 10. Cela m’a poussée à vouloir les dépasser. Plus tard, quand elles sont parties dans la catégorie au-dessus, j’ai ressenti une période de stagnation. 

Depuis l’après-covid, ça a été bénéfique pour moi. Ne pas pouvoir surfer m’a permis de comprendre qu’il y a d’autres façons de se préparer, comme travailler sur le plan physique et mental, même en dehors de l’eau. Avec le temps, l’expérience aide aussi, notamment en rencontrant des personnes inspirantes qui nous poussent à nous améliorer. 

Parmi les compétitions, quelle victoire a été la plus marquante ?

Ma troisième place aux Championnats du monde ISA Junior. Depuis mes 14 ans, je participe chaque année à ces championnats avec l’équipe de France. Cette troisième place a été mon meilleur résultat. Tout au long de la compétition, j’ai montré un surf puissant, comme jamais auparavant. Même si c’était “seulement” une troisième place, en remportant cette petite finale, j’ai eu l’impression d’être une championne du monde sans l’être vraiment. En plus, j’étais capitaine de l’équipe, donc c’était un très bon souvenir.

Qu’est-ce qui fait que tu te sens plus ou moins bien d’une compétition à une autre ?

C’est difficile à expliquer. Le surf est un sport hyper aléatoire : Il y a une part de stratégie, mais l’eau reste un élément naturel, plus fort que tout. Parfois, les étoiles sont alignées, mais d’autres fois, non. J’ai aussi été malade plusieurs fois avant des compétitions. Quand on analyse l’état dans lequel on était, on comprend pourquoi on a gagné ou pas. Au fond de nous, on le sait.

Des surfeurs et surfeuses qui t’ont influencée ?

La génération au-dessus de moi, comme Johanne Defay, est un superbe exemple. Elle n’a pas réussi tout de suite, elle a dû se remettre en question, mais elle a prouvé qu’avec de la discipline, on peut y arriver, même si on doute de soi.

Tu as récemment gagné l’Open de France 2024 ?

Oui, c’est un circuit avec plusieurs étapes. Il devait y en avoir quatre, mais la dernière a été annulée, donc il n’y en a eu que trois : Lacanau, la Réunion et la Guadeloupe. J’ai remporté celle de la Réunion et de Lacanau. Malheureusement, je n’ai pas pu participer à la finale, donc je n’ai pas pu me battre pour le titre général.

Prochains objectifs ?

Du 13 au 19 janvier, je pars aux Philippines pour les Championnats du Monde WSL Junior

2028, les Jeux Olympiques à Los Angeles, c’est un objectif ? 

Oui, mais c’est un long processus. Pour se qualifier, il faut d’abord briller dans les compétitions QS européennes, puis dans les Challenger Séries, juste avant le Tour Mondial. Ensuite, il y a trois places pour l’équipe de France, mais Johanne Defay et Vahiné Fierro en occupent déjà deux.

Décris-nous une semaine type ?

Depuis deux ans, ma vie a changé. Au lycée, c’était structuré, mais après, j’ai suivi une formation pour devenir monitrice de surf. Mes semaines étaient alors remplies de cours la journée et de sport le soir. Aujourd’hui, c’est plus compliqué de maintenir une routine à chaque voyage. Je passe beaucoup d’heures à l’eau et je fais deux ou trois entraînements physiques par semaine.

Tu as des passions autres que le surf ? 

C’est compliqué d’avoir d’autres passions, car le surf prend beaucoup de place. Petite, j’ai pratiqué la danse, le handball et la natation qui m’ont beaucoup aidée. Maintenant, j’explore d’autres choses, et c’est bien de ne pas toujours penser au surf. Ça aide à s’évader d’un monde qui peut être lourd à supporter. 

Est-ce que tu prends toujours du plaisir à surfer ?

Je ne pourrais pas m’en passer. Même en vacances, je choisis des endroits près de la mer. Mais parfois, je suis fatiguée ou je n’ai pas envie. J’ai appris à accepter ça. Parfois, je fais une pause de cinq jours sans surfer, et ça me permet de me ressourcer.

Tu vis dans quelle région ? 

En 2014, ma mère a été mutée en Vendée avec l’idée de repartir un jour vers le sud ouest. Finalement on est restés en Vendée. En troisième je suis partie à Biarritz pour le surf, mais ma mère est toujours en Vendée.

Tu écoutes quoi comme musique en ce moment ?

​​Un peu de tout, mais en ce moment, j’adore Where Is The Love des Black Eyed Peas.

@hina_conradi ; @poujoulat 

Interview : @hélène morisseau

Crédit photo : DR