BENJAMIN BIOLAY
Bleu horizon
S’il est en couverture de ce numéro de J’adore Niort, ce n’est pas un hasard. Le 5 décembre prochain, Benjamin Biolay fera étape à L’Acclameur dans le cadre de la tournée de son nouvel album, Le Disque Bleu. Une occasion rare de retrouver sur scène l’un des auteurs-compositeurs les plus singuliers de la chanson française. À 53 ans, l’artiste lyonnais semble traverser une nouvelle période de grâce, porté par un album ambitieux qui regarde autant vers l’avenir que vers son propre parcours.
« Je n’ai jamais aimé refaire deux fois le même disque. À chaque album, j’essaie de me mettre un peu en danger. »
Chez Benjamin Biolay, l’élégance n’a jamais été une posture. Depuis plus de vingt ans, elle constitue une manière d’habiter la musique. Une façon de traverser les époques sans céder aux tendances, en construisant patiemment une œuvre devenue l’une des plus cohérentes de la chanson française
contemporaine. Le Disque Bleu s’inscrit dans cette continuité. Dès son titre, l’album affiche une couleur. Celle de la mélancolie, bien sûr, mais aussi du rêve, de l’apaisement et des horizons lointains. « Le bleu, c’est une couleur qui contient énormément de choses. Elle peut être triste ou lumineuse selon la manière dont on la regarde », explique-t-il. Une définition qui pourrait résumer à elle seule l’ensemble de son répertoire. Car Biolay a toujours cultivé les contrastes. Derrière le dandy souvent décrit par les médias se cache un artisan de la chanson. Un musicien obsessionnel qui peaufine les arrangements, cherche la bonne note, le bon mot, la bonne respiration. Un perfectionniste qui n’a jamais cessé de travailler.
Né à Villefranche-sur-Saône en 1973, formé au conservatoire avant de découvrir autant Serge Gainsbourg que les grandes orchestrations de la pop anglaise, Benjamin Biolay s’impose d’abord dans l’ombre. À la fin des années 1990, il signe avec son frère les chansons de l’album Chambre avec vue d’Henri Salvador, immense succès qui relance la carrière du chanteur. Très vite, le jeune compositeur devient l’un des noms les plus recherchés de la scène française.
Mais c’est en solo qu’il va construire sa légende. De Rose Kennedy à La Superbe, de Palermo Hollywood à Grand Prix, chaque disque enrichit un univers où les histoires d’amour croisent les souvenirs de voyage, les désillusions politiques ou les blessures intimes. « J’ai toujours écrit à partir de ce que je vois, de ce que je vis ou de ce que j’imagine. Les chansons sont une façon de mettre de l’ordre dans le désordre. » Cette phrase résonne particulièrement à l’écoute du Disque Bleu. L’album semble en effet regarder dans le rétroviseur sans céder à la nostalgie. On y retrouve les thèmes chers à Biolay : le temps qui passe, les fantômes des amours anciennes, les villes qui marquent une existence. Mais quelque chose a changé dans le ton. L’urgence a laissé place à une forme de sérénité.
« Aujourd’hui, je suis beaucoup moins inquiet qu’avant. J’accepte davantage les choses. »
Une déclaration qui surprend lorsqu’on connaît l’image parfois tourmentée associée à l’artiste. Pourtant, elle traverse plusieurs chansons du disque. Comme si les années avaient apporté un recul nouveau sur son parcours. Et quel parcours. Peu d’artistes français peuvent se targuer d’avoir traversé plusieurs générations tout en restant aussi influents. Biolay a accompagné l’évolution de la chanson française sans jamais perdre son identité. Il a travaillé avec Juliette Armanet, Vanessa Paradis, Keren Ann ou encore Chiara Mastroianni, tout en poursuivant sa propre route. Sur Le Disque Bleu, cette expérience s’entend à chaque instant. Les arrangements sont luxuriants mais jamais démonstratifs. Les cordes côtoient des sonorités plus contemporaines. Les mélodies s’installent progressivement avant de révéler leur évidence. « J’aime les chansons qui grandissent avec le temps. Celles qu’on découvre vraiment après plusieurs écoutes. » Une philosophie à contre-courant d’une époque dominée par l’immédiateté. Mais Benjamin Biolay n’a jamais cherché à courir après son temps. Il préfère le traverser à son rythme. Cette liberté se retrouve également sur scène. Longtemps réputé pour sa réserve, le chanteur est devenu au fil des années un véritable homme de spectacle. Ses concerts ont gagné en chaleur, en intensité, parfois même en humour. « J’aime beaucoup plus la scène aujourd’hui qu’à mes débuts. Avant, j’étais souvent stressé. Maintenant, je profite davantage de chaque soir. »
La tournée du Disque Bleu promet justement de mettre en valeur cette évolution. Entouré de musiciens fidèles, Biolay alterne les nouvelles compositions avec les chansons qui ont jalonné son parcours. Les classiques sont nombreux : La Superbe, Ton Héritage, Brandt Rhapsodie, Lyon Presqu’île ou encore Comment est ta peine ?, devenue l’une des chansons françaises les plus marquantes de ces dernières années. « Une tournée, c’est un peu comme raconter une histoire. Il faut trouver un équilibre entre ce que le public attend et ce que l’on a envie de défendre. » Une équation que l’artiste maîtrise désormais parfaitement. Le 5 décembre, à Niort, le public découvrira ainsi un spectacle pensé comme un voyage dans son univers. Un univers où les chansons ressemblent souvent à des films de trois minutes, où les personnages surgissent au détour d’une phrase, où les
paysages deviennent des émotions. À une époque où la chanson française cherche parfois son souffle, Benjamin Biolay continue de tracer sa route avec une élégance rare. Sans bruit inutile. Sans compromis. Avec cette conviction simple qui traverse toute son œuvre : les plus belles chansons sont souvent celles qui prennent leur temps. Et à l’écoute du Disque Bleu, une chose apparaît clairement : Benjamin Biolay n’a pas fini de nous surprendre.
L’Acclameur, Niort, le 5 décembre 2026.
@BenjaminBiolay – Le Disque Bleu (Virgin records)
Interview @Albert Potiron
Photos : DR