Vanessa Bamberger L'écriture au cœur de l'image

Vanessa Bamberger
L’écriture au cœur de l’image

En résidence à la Villa Pérochon de Niort, l’écrivaine Vanessa Bamberger s’immerge dans l’histoire de ce lieu dédié à la photographie. Entre les murs chargés de souvenirs d’Ernest Pérochon (Prix Goncourt 1920) et ses propres racines familiales liées à l’invention de l’autochrome par les frères Lumière, elle explore les ponts entre les mots et la couleur. Une parenthèse hors du temps où la solitude devient le moteur d’une nouvelle narration.

J’ai accès à cet endroit à n’importe quelle heure du jour et de la nuit ; c’est un petit peu comme « Une nuit au musée ». Le principe de cette résidence est comme une lettre ouverte à la photographie. Il s’agissait pour moi d’entrer dans cette maison, de prendre possession des lieux et de m’installer dans le bureau d’Ernest Pérochon. C’est ici qu’il a écrit ses livres, dans ce petit bureau aux murs dénudés.

On trouve encore, dans certaines pièces, des traces de journaux d’époque qui servaient d’isolant. Je me suis beaucoup promenée pour ressentir l’âme des lieux et imaginer comment je pourrais relier l’écriture à la photo. J’avais d’ailleurs une petite idée derrière la tête : je suis l’arrière-arrière-petite-fille de Louis Lumière. S’il est célèbre pour le cinématographe, il était surtout extrêmement fier d’une autre invention : l’autochrome, qui a permis pour la première fois de photographier les couleurs de façon industrielle.

En parcourant une exposition ici, je suis tombée sur des autochromes de la famille Lumière. À la dernière page, on voit Louis Lumière assis dans un jardin avec trois petits-enfants, dont l’un est ma grand-mère. C’est à partir de cet autochrome que je vais raconter mon histoire : tisser des liens entre Ernest Pérochon et Louis Lumière, entre l’image et l’écriture. Par exemple, la vitre cathédrale du bureau trouble l’image extérieure et me rappelle les autochromes ; elle restitue une forme de couleur et apporte une part d’invisible dans le visible. C’est très poétique.

Journaliste : C’est vraiment un temps différent du travail habituel ?

Vanessa Bamberger : Ah oui, tout à fait. D’abord parce qu’en résidence, on n’est jamais dérangé, c’est le principe même du séjour.

Journaliste : Cela permet-il une plus grande concentration ?

Vanessa Bamberger : Cela permet surtout d’avoir un temps très long devant soi, fait de solitude. Le métier d’écrivain est déjà solitaire par nature, mais ici, c’est poussé à un tout autre niveau.

Interview : Hélène Morisseau

Photo : Lambert Davis