Zéro de conduite à risques

Contrairement aux effets qu’ils procurent, les boissons sans alcool et les produits à base de CBD sont portés par des marchés euphoriques. Ils misent plutôt sur la qualité, le goût, la santé. Super, mais incarnent-ils une société qui oublie son piquant et son fun ?

Simonnet -Camarena - Popinet

• Le Niortais Guyome Simonnet s’est associé avec un distillateur de la région de Cognac pour créer Optimae. Une gamme de spiritueux sans alcool dont il existe deux recettes à ce jour : Atlantis et Babylon Garden.

• Alexis Popinet et Matthieu Camarena, amis d’enfance, ont donné naissance à six épiceries Begood, dont une à Niort. Elles proposent des produits à base de cannabidiol (CBD), le cannabis dénué de THC et de tout effet « défonce » : du savon, de l’huile, des gâteaux, des produits animaliers…)

Comment sont nées vos idées? En quoi la situation de confinement fut un élément déclencheur ?

Guyome Simonnet : J’ai longtemps hésité à expliquer que l’idée était née du fait qu’on avait eu tendance à boire un peu trop pendant le confinement. Et puis je me suis rendu compte que les Skypéro étaient généralisés. J’avais découvert la mixologie, l’art de faire des cocktails, quelques mois auparavant.

J’ai cru à cette alternative à l’alcool qui préserve le plaisir du goût.

Alexis Popinet : Je m’orientais vers le conseil en entreprise. Et pour Matthieu, tatoueur, la période s’annonçait compliquée. Pendant le 1er confinement, on a senti que les gens changeaient d’état d’esprit, que le bien-être et les produits locaux prenaient une nouvelle place. Nous nous sommes lancés alors que la vente de CBD n’était pas encore autorisée en France. Il y avait un flou juridique. On a reçu quelques visites des autorités au début.

“Ce n'est pas la fin du fun mais la quête d'un plaisir différent.”

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Un spiritueux sans alcool, des produits à base de cannabis sans THC… Est-ce la fin du fun dans une société aseptisée ?

Guyome Simonnet : Ce n’est pas la fin du fun mais la quête d’un plaisir différent. La tendance globale est de boire un peu moins mais mieux. Je ne voulais pas m’adresser qu’à des abstinents mais aussi à des gens qui ont envie de plaisir, de convivialité, de balades en bouche, exactement ce que l’on va chercher dans le cognac par exemple.

Alexis Popinet : Chez nous, pas de drapeau de Bob Marley ou de bang dans la vitrine. Notre mission : démocratiser l’usage du CBD, pour un public multigénérationnel intéressé par les effets bien être et apaisement. Le produit a tout de même une action sur le métabolisme, sans les effets psychotropes. Nous sommes souvent associés à des coffee shops. Ce n’est pas l’image que l’on veut porter.

“Nous nous sommes lancés alors que la vente de CBD n’était pas encore autorisée en France.”

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La société française semble accuser un certain retard sur vos marchés…

Alexis Popinet : Le CBD n’est pas encore entré dans les mœurs. (En janvier dernier, le Conseil d’État a suspendu l’interdiction de commercialiser des produits à base de CBD, ndlr). Mais le nombre de boutiques a explosé. Notre CBD est transformé en Suisse. En France, aucun labeu…euh labo, désolé pour le lapsus, ne veut s’y essayer.

Guyome Simonnet : Il y a encore une stigmatisation sociale au fait de boire du sans alcool en France. On a six ans de retard sur les Anglo-Saxons. Ces produits apparaissent dans nos grandes surfaces. Selon les prévisions, le marché devrait être multiplié par quatre dans les prochaines années. Notre challenge est de nous installer avant que les grands alcooliers n’arrivent en force.

Matthieu Camarena : On sait qu’il y aura à terme une forte demande de produits made in France. Aujourd’hui, les gros sont en Suisse, en Israël, au Canada et aux Etats-Unis. Des pays qui autorisent la production de CBD avec 1 % de THC. Pour être vendu chez nous, il faut ajouter une opération pour abaisser ce taux à 0,2 %.

“Chez nous, pas de drapeau de Bob Marley ou de bang dans la vitrine. Notre mission : démocratiser l’usage du CBD. ”

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Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

Guyome Simonnet : Nous sommes encore dans la phase de création d’une identité. Nous avons l’avantage de nous appuyer sur le savoir et le réseau de distribution du pays cognaçais. Des bouteilles sont parties à l’étranger : Etats-Unis, Danemark, Chine, Émirats Arabes… Il y a de l’appétence sur des marchés hauts de gamme. Je l’ai fait goûter à des restaurateurs renommés comme Christopher Coutanceau à La Rochelle, au Crillon à Paris. Les retours sont bons.

Alexis Popinet : Avec l’assouplissement de la législation, beaucoup se sont rués pour faire de l’argent vite. Nous, nous voulons nous inscrire dans le paysage, développer notre marque. Nous avons ouvert six boutiques dans l’ouest de la France. Il a fallu staffer. Nous aimerions travailler de plus en plus en local. Nous venons de sortir une infusion avec notre producteur de fleurs deux-sévrien.

Making of:

 
Durée : 1h
 
Lieu : Les jardins du restaurant La belle étoile
 
Ambiance : cordiale, ils découvrent qu’ils ont le même comptable

Lucidité : Rien bu et rien fumé durant l’échange