Rone : L’enfant prodige de l’électro

Après avoir séduit les clubbers, le producteur parisien Erwan Castex a multiplié projets et rencontres pour mettre son électro au service des oreilles délicates, mais aussi du théâtre et du cinéma, ce qui lui a valu un César cette année.

Rone, prodige de l'électro

Plus d’une dizaine d’années de carrière mais Rone en veut toujours plus. Après avoir repris la tournée de son spectacle Room With A View monté au Théâtre du Chatelet avec L(a) Horde et le Ballet national de Marseille, il a profité du confinement pour réaliser une version vocale de sa musique intitulée Rone and Friends.

Récompensé d’un César de la meilleure musique pour La nuit venue, il a renoué avec le cinéma en composant la bande originale du nouveau film de Jacques Audiard, Les Olympiades.

Cet été, il a finalisé l’écriture d’un concert avec un orchestre symphonique mais n’en oublie pas pour autant de se produire seul, configuration devenue rare mais dont il réserve les honneurs au festival Nouvelles Scènes.

Quand je compose, j’utilise un jargon de cinéma. Je cherche à créer du suspense, un climax, des rebondissements.

Rone

Rencontre avec un touche-à-tout aussi passionné que passionnant

Interview par @p4sc4lbertin

Ça te fait quel effet de renouer avec la scène ?

Je traverse une période schizophrénique où je me produis suivant différentes configurations en fonction des projets. Mais ça m’excite beaucoup de reprendre la tournée solo que j’avais arrêtée et il y a longtemps. C’est un retour à un live plus traditionnel, seul sur scène, avec l’idée de jouer les derniers morceaux ainsi que de plus anciens.

Pour un artiste solo, tu ne sembles désormais jamais seul dans ta vie professionnelle !

C’est vrai, c’est peut-être le syndrome du producteur électro qui passe beaucoup de temps seul avec ses machines, à faire des nuits blanches dans son studio. Dès que j’ai commencé à inviter des musiciens sur scène, comme le violoncelliste Gaspar Claus, j’ai senti une ouverture du champ des possibles. D’abord à travers l’échange et la création à plusieurs, l’idée de créer une œuvre qui ne m’appartienne pas complètement. Ensuite par la relation nouée. Serrer fort dans ses bras un musicien avec lequel tu viens de jouer sur scène, c’est d’émouvant. J’y ai pris goût tout en lançant des projets très différents. Ça me rend heureux de réaliser des musiques de films, de me produire avec un orchestre symphonique, de jouer avec des danseurs. Ce sont des univers différents mais chacun me nourrit. Je n’ai d’ailleurs que très peu collaboré avec des artistes du monde électro. Plus les univers sont éloignés du mien, plus j’en suis heureux. Comme par exemple la danse, qui m’a toujours fasciné alors que j’y étais novice. J’avais du respect pour les producteurs qui réalisaient des musiques épurées mais c’est en travaillant avec des danseurs, qui ont besoin d’espace dans la musique pour s’exprimer, que l’obligation m’est venue. Cela m’a obligé à épurer mon son, là où à mes débuts, j’avais tendance à superposer les couches sonores.

 

Comment es-tu venu à la musique électronique ?

En premier lieu parce que j’en écoutais beaucoup, Aphex Twin en particulier. A l’époque, j’habitais à Paris, en face du Rex Club. J’y ai découvert la techno de Detroit, mais ce n’était au final qu’une partie de ce que j’écoutais, au milieu de beaucoup de musique classique, de jazz, de rock… Je ressentais un énorme besoin de m’exprimer. Après avoir essayé différents instruments comme le saxophone ou la batterie, j’ai pris conscience que je pouvais produire des résultats dingues avec un ordinateur. J’adorais aussi qu’il n’y ait ni règles, ni codes, que ce soit à moi de me les inventer.

Le lien avec le cinéma s’est-il opéré naturellement ?

Depuis tout petit, je prenais beaucoup de plaisir dans la création. Après le bac, j’étais un peu perdu. Je savais que j’avais beaucoup à exprimer au fond de moi mais sans savoir par quel biais. Je me suis inscrit dans une fac de cinéma où j’ai passé quatre années durant lesquelles j’ai vu énormément de films, appris l’écriture d’un scénario, écouté beaucoup de bande originales. Sans jamais travailler dans le cinéma, ça m’a construit en tant que musicien et m’a marqué jusque dans ma façon de produire. Quand je compose un morceau, j’utilise un jargon de cinéma. Je cherche à créer du suspense, un climax, des rebondissements… Et maintenant, j’y viens à travers mes propres musiques de films.

On te retrouve bientôt derrière une caméra ?

J’y pense parce qu’on me le propose, en particulier depuis mon César. Etre impliqué sur une bande originale permet de voir la cuisine interne d’un film, le voir se monter. Tout ça donne vraiment envie.

Infos

Album : Rone and Friends (InFiné)

En concert : le 25 Septembre @Moulin du Roc >Nouvelle(s) Scène(s)