Mathias Enard et SKKI : Boire à Niort

« J’ai beaucoup de choses qui se passent accidentellement dans ma vie, c’est une sorte de collision entre éléments mais je ne les cherche pas »

Skki

Deux grands voyageurs issus de deux univers bien différents, ils ne se connaissaient pas et ont pourtant travaillé sur l’exposition « Boire à Niort » ensemble.  Mathias Enard, écrivain originaire de Niort et Skki un graffeur à la carrière internationale nous racontent leur histoire et ce projet qui les a liés.

Boire à Niort !

Mathias nous explique que c’est Eric Surmont, médiateur culturel à la ville de Niort, l’investigateur du projet. « On ne se connaissait pas. On connaissait seulement le travail que faisait l’autre. Eric a su créer un lien entre ce qu’on fait. Il voulait faire travailler ensemble deux artistes de deux mondes complètement différents.  « Boire à Niort » vient d’un de mes poèmes « Boire à Lisbonne ». C’est un hommage à Fernando Pesoa qui a lui-même écrit des quatrains sur l’ivresse et la boisson. »

Niort, une ville qui inspire…

Skki était venu à Niort il y a quelques années. Il décrit la ville comme « une ville à taille humaine ». « Les pierres, la Sèvre… m’avaient beaucoup inspiré. Quand j’ai choisi les photos pour mettre à côté des quatrains, j’ai travaillé à partir de cet environnement. Ce ne sont pas des photos de Niort, mais j’aurais très bien pu, il y a beaucoup de matière à travailler ici. » Du point de vue de Mathias, « Niort est très inspirante, j’en ai d’ailleurs écrit un gros livre. Niort a beaucoup changé depuis ma jeunesse. Depuis quelques années on peut voir une émergence de la culture. On voit de plus en plus d’artistes oser se lancer, et en général ils y arrivent, je trouve ça vraiment bien. » 

L’Orient, l’Italie ou encore Barcelone pour Mathias et de New-York à Berlin en passant par Paris pour Skki, les deux artistes ont su s’adapter à l’énergie de chaque ville où ils ont posé leurs valises…

« Mon travail m’a emmené dans tous ces endroits. J’ai vu la chute du mur de Berlin, j’ai vu les attentats du 11 septembre… Tout ça c’est accidentel, j’ai beaucoup de choses qui se passent accidentellement dans ma vie, c’est une sorte de collision entre éléments mais je ne les cherche pas. Je suis un voyageur du quotidien qui s’adapte en permanence. » nous explique le graffeur. Aujourd’hui sur Instagram, SKKI raconte son adaptation à travers l’évolution technologique : « J’ai toujours rebondi. Mon premier appareil digital c’était une game boy, elle prenait des photos dégueulasses avec du grain mais ça m’intéressait. »

SKKI suit le mouvement, après le fax et la game boy, il utilise aujourd’hui son iPhone. « Aujourd’hui j’utilise l’iPhone parce que tout le monde s’en sert. Peut-être que je serais cuisinier si c’était la tendance. » L’artiste parcourt près de 20 kilomètres par jour à travers la ville pour capturer « les détails du quotidien ». L’écrivain, quant à lui a glissé vers le numérique tant dans sa lecture personnelle que pour écrire ses romans : « Je dois lire beaucoup de livres au quotidien, quand je pars en voyage c’est tellement pratique. J’écris tout à l’ordinateur. Dans le domaine du livre, beaucoup sont contre le numérique, moi je suis carrément pour. Le monde de la littérature est encore très fermé d’esprit, sans forcément parler du numérique. Par exemple la Bande Dessinée c’est encore trop peu accepté. Beaucoup l’associent à l’enfance sans voir toute l’évolution qu’elle a connu ces dernières décennies. La BD a su intégrer tous les genres (bibliographie, documentaire…) »

Boire à Niort, c’est fini ?

L’exposition reste en place dans les rues du centre-ville de Niort jusqu’au 8 novembre. Mais « il n’y aura pas d’autres quatrains, pas d’autres photos. On envisage de l’exposer ailleurs mais c’est compliqué de la faire voyager. Mais pourquoi pas écrire d’autres quatrains avec d’autres photos dans une autre ville, ça pourrait être quelque chose d’intéressant. »

Infos

  • Logo galerie : winterlong-gallerie.com

  • Photo : Fréderic Pierre @realkafkatamura

  • Interview par Charles Provost