Gringe, Vivre au jour le jour

Pour sa 8ème édition, le festival Culturissimo, organisé par Leclerc Culture, accueillait Gringe qui a débuté aux côtés d’Orelsan, puis a sorti un album solo en 2018. Aujourd’hui, il se confie sur sa relation avec son frère schizophrène et leur livre.

Gringe

Écrire sur son frère schizophrène, est-ce une forme de thérapie pour évacuer ce que vous ressentez sur son état depuis que vous êtes tous les deux petits, ou du moins sur la culpabilité que vous avez par rapport à votre parcours et au sien, qui est freiné par sa maladie ?

Oui, le livre a fait office de thérapie. Lorsqu’on a appris pour sa schizophrénie je n’avais pas les outils et les armes émotionnelles. A un moment je m’en suis voulu. Aujourd’hui j’essaie de lui faire sentir que je suis présent et qu’il peut et pourra compter sur moi. Depuis la sortie du bouquin on est encore plus soudés. On se sait.

Avec ce livre j’ai voulu sortir des clichés de la schizophrénie. Mon but c’est de redonner une figure humaine à ces gens qui font face à tant de préjugés. J’avais une volonté de faire de Thibault un super-héros, parce que c’est comme ça que je le vois.

Vous dites dans votre livre, au sujet de votre frère : « Thibault est candide, je suis calculateur. Il est sociable, je sélectionne ». Avez-vous des qualités chez lui que vous aimeriez avoir ?

Sa bonté d’âme. Je suis sensible aux énergies, à la joie et à la souffrance des gens mais Thibault c’est au-delà de ça, il absorbe, comprend, il anticipe. Il se met à disposition d’eux, il offre une écoute, une parole et ça c’est précieux, y’en a pas beaucoup des gens comme ça.

De manière générale, Vous traduisez dans vos œuvres, livre ou musique, une volonté de vivre le présent pour le présent, est-ce encore un objectif que vous voulez transmettre ? 

Je suis tenté de vouloir vivre au jour le jour sans m’ancrer dans la réalité parce que c’est les seules portes que j’ai trouvées pour m’extraire de la réalité. Par exemple, je vis la nuit, j’écris beaucoup, je gamberge. Mais ça gâche beaucoup de mes relations. Avec l’âge il y a des choses contre lesquelles on arrête de lutter. Et ça c’est en moi donc je fais avec, même si c’est au détriment d’autrui.

En 2018 vous sortez « Enfant Lune » votre premier album en solo avec vos expériences de duo avec votre meilleur ami. Vous reprenez l’écriture en tandem avec « Ensemble on aboie en silence ». Si vous deviez choisir : solo ou duo ?

C’est Orelsan qui m’a fait naitre avec les Casseurs Flowters et qui m’a donné cette opportunité-là. C’est difficile de se détacher de quelqu’un qui marque à ce point les esprits mais ça, je le savais depuis le début. C’est une fierté pour moi d’avoir réussi à le faire. A 20 ans ça n’aurait pas été pareil, mais m’émanciper d’Orel à 38 ans c’est possible parce que j’ai des choses à raconter. Après Orel, je me suis trouvé des binômes. Sur scène c’est surtout DJ Pone, sur le bouquin c’est Thibault.

Comment avez-vous traversé cette période de Covid ?

J’ai survécu parce que j’ai commencé à écrire le bouquin en plein départ de covid. Donc les 4-5 premiers mois je ne les ai pas subis tant que ça. C’est plus dur depuis le début de l’année, y’a moins de rencontres et là je me suis dit que c’était violent cet isolement, cette privation des libertés. Je me suis rendu compte que les gens ont vécu un rien, un vide à combler pendant un an. Je revois ma psy. Je ne suis pas bien, je perds les codes sociaux, y’a des trucs chez moi qui s’effritent quand je m’isole de trop.

Sur le bouquin qui sort en poche à la rentrée on a rajouté un truc sur le confinement et comment on l’a vécu. On en a fait un truc drôle.

Vous envisagez un nouveau projet artistique ? Musical, littéraire ou cinématographique ? On vous verrait bien aux commandes d’une série d’ailleurs … ?

On m’a proposé pour la suite du livre un documentaire ou une fiction. Je fonctionne au feeling, à l’envie. Je m’en fiche de confirmer dans le cinéma. Et tant pis si j’ai laissé passer un wagon, 3 trains, ma chance… Je prends les choses comme elles viennent. Ma chance c’est les rencontres.

Pour l’instant j’ai envie de réécrire un bouquin sur des thématiques qui me sont chères et de faire un album à côté, d’essayer d’imbriquer les deux. Je vais me servir de ce que je sais faire en rap pour faire un deuxième album. Mais je ne ferai pas dans les codes actuels, je ferai quelque chose de personnel. Et je vais vraiment me concentrer sur la mise en forme, ce que je n’ai pas fait sur Enfant Lune ou très peu. J’ai vraiment envie d’un album abouti où je vais rentrer dans les morceaux, les déconstruire. J’ai envie de quelque chose de différent, de collaborer avec un Ben Mazué par exemple, des gens qui me plaisent artistiquement. Je vais chercher des artistes d’autres horizons pour me diversifier. Je me nourris des autres.

Enfant Lune c’était un brouillon. Ça m’a permis de savoir faire un album solo. Maintenant que je sais faire, je vais pouvoir faire quelque chose de beau, qui me ressemble, qui me stimule. Sur Enfant Lune j’étais encore très formaté par les Casseurs. Maintenant je m’en fiche de rentrer en radio. Je n’ai pas d’ambitions démesurées, je veux juste remplir mon frigo.

Infos

  • Livre : Ensemble, on aboie en silence
  • Dernier album : Enfant Lune, Wagram Music, 2018

 

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