Danakil Vingt ans de combats

Danakil
Vingt ans de combats

Porte-étendard du reggae français depuis plus de deux décennies, le groupe Danakil continue de tracer son sillon loin des diktats de l’industrie mainstream. Entre deux vols, Balik, leader du groupe, s’est posé pour discuter du chemin parcouru. De l’époque où personne ne voulait les signer à leur statut actuel, il revient sur l’indépendance de Baco Music, l’évolution de leur création et la surprise de voir un public de plus en plus jeune remplir leurs concerts. 

Danakil a plus de 20 ans de carrière maintenant. Comment traverse-t-on deux décennies en groupe ? Est-ce que tu penses souvent à cette longévité ?

C’est passé assez vite, finalement, comme la vie. On n’y réfléchit pas tous les jours, mais avec le recul, il s’est passé beaucoup de choses. Quand on a commencé, on n’avait pas de vision sur 20 ans, on voyait à six mois ou un an. C’est super, on est toujours ensemble, c’est plus ou moins la même équipe, les mêmes personnes qui gravitent autour du groupe et qui travaillent aujourd’hui dans le label Baco Records. On ne s’est jamais vraiment ennuyés.

Vous êtes 100% indépendants avec Baco Music. À l’origine, l’idée était-elle d’aller aussi loin dans ce modèle à « 360 degrés » ?

La première fois qu’on a évoqué Baco, c’était pour Danakil, mais c’est allé plus vite que nous. On monte le label pour produire notre album et on rencontre Natty Jean à l’époque. Sa production était prête avant la nôtre, donc on s’est retrouvés à produire d’autres artistes très vite. On a approfondi tous les aspects : de la création à la distribution, la commercialisation et la promotion. On s’est entourés de partenaires spécialisés pour chaque secteur.

C’était une volonté d’indépendance dès le début parce que vous ne vous reconnaissiez pas dans les autres labels ou tourneurs ?

 Non, c’est surtout parce que personne ne voulait nous signer ! On n’aurait rien fait sinon. On a fait un album en mettant tous 500 balles. Le truc qui a tout changé en 2005, c’est qu’on a trouvé un distributeur, Socadisc, alors qu’on était inconnus. Il nous a mis dans les bacs dans toutes les villes de France. C’était juste avant le « peer-to-peer », au début de MySpace, il n’y avait pas de Facebook. Ça comptait d’être en magasin. Les gens qui nous avaient vus en concert l’été sur les plages nous ont retrouvés comme ça.

Vous êtes aussi auto-produits en booking, ce qui est assez rare. C’était aussi par nécessité ?

Là, c’était un peu différent. La personne qui s’occupait de notre booking chez un autre tourneur voulait partir. Nous, on venait de monter notre structure, on voulait monter le pôle, donc il nous a rejoints. Pour nos partenaires, ça n’a pas fait de différence, ils gardaient le même interlocuteur, mais ça nous a permis de développer notre propre réseau.

Aujourd’hui, on est bouleversés par le monde du digital. Est-ce que cela a une influence sur votre manière d’écrire ou sur votre stratégie, comme sortir des singles plutôt que des albums ?

Pour ma production personnelle, ça n’a rien changé. Je suis toujours avec mon papier et mon crayon. Et on fait encore des albums. Il y a de plus en plus d’artistes qui font des singles, et je n’ai rien contre, mais on est encore dans une démarche d’album avec au moins 13 titres. Sur tous les albums de Danakil, il y a 13 titres, je ne sais pas pourquoi, on est bloqués sur ce chiffre.

J’ai lu dans une interview que pour être libre dans ta créativité, tu avais besoin de ne te sentir « obligé de rien ». C’est fondamental pour toi ?

Ah oui, c’est fondamental. Et la preuve, quand on me dit « fais une chanson sur ce sujet », ça ne vient pas. Ça ne marche pas. Il faut que ça vienne d’un truc que j’ai en moi. Je suis influencé par ce que je vis au jour le jour, mes sentiments, et par le collectif.

Justement, vous êtes très nombreux sur scène. Est-ce que ce n’est pas compliqué de rester soudés, de gérer autant d’avis et de personnalités différentes ?

Le nerf de la guerre pour la longévité du vivre-ensemble, c’est la tolérance. Savoir se mettre à la place des autres. Dans toute entreprise, le pôle le plus dur à gérer, ce sont les ressources humaines. On est ensemble depuis trois semaines, on n’est pas fatigués ou euphoriques en même temps. Mais la base, c’est le respect. On se connaît par cœur, on se pardonne tout.

J’ai l’impression que votre public s’est rajeuni sur les dernières années. C’est un sentiment que vous partagez ?

Sur cette tournée, c’est clair, net et précis. C’est fou, on a des jeunes qui n’étaient pas là sur la tournée d’avant. Hier, on a fait monter tous les enfants de moins de 10 ans sur scène pour le salut final. Il y en avait une quinzaine avec leurs petits casques anti-bruit. Il y a une transmission générationnelle chambrée. On a plus de monde sur cette tournée que jamais, car on a nos « anciens » mais aussi cette nouvelle génération. C’est notre meilleure tournée en 25 ans.

Pour finir sur un aspect plus sociétal, tu disais que chaque album marquait une époque de ta vie. Quel regard portes-tu sur la situation actuelle, assez complexe géopolitiquement ?

Tout ça m’affecte, forcément. Je n’aime pas le « frontal », mais il y a une espèce de soupe de sentiments liés à ce qui se passe ici, en Europe, ou aux États-Unis. Entendre Trump traiter les Somaliens de gens « sales et nuls », c’est affligeant. Un président des États-Unis en roue libre… Ça m’affecte de me dire qu’on en est là. Je ne vais pas faire une chanson sur Trump, mais dans mes morceaux, à un moment, ça ressort. Notre art permet de fédérer les gens qui partagent ces valeurs pour qu’ils se rassemblent dans des moments concrets comme les concerts.

Vendredi 21 Août au Festival Marché Gourmand ( Coulon 79 )

Interview : @ch_taker