Angélique Gascoin L'ascension par le bout des ongles

Angélique Gascoin
L’ascension par le bout des ongles

Après plus de vingt ans de carrière marqués par la direction nationale de la franchise L’Onglerie, Angélique Gascoin opère un virage à 180 degrés. Désormais à la tête de la marque M-Nails aux côtés de son fondateur Gabriel Desloques, cette entrepreneuse dans l’âme dévoile ses ambitions de développement international et poursuit son grand combat : structurer, former et faire reconnaître la prothésie ongulaire comme un véritable métier.

Vous avez marqué l’histoire de la franchise L’Onglerie en passant de gérante de salons à propriétaire de la marque. Quel a été votre parcours avant ce nouveau virage ?

Angélique Gascoin : J’ai commencé sur le terrain en gérant jusqu’à quatre salons dans la région nantaise. C’était mon quotidien, ma passion. Puis, en 2018, j’ai pris la décision de tout vendre pour descendre à Bordeaux et racheter directement le franchiseur, c’est-à-dire la marque nationale L’Onglerie. C’était toute ma vie, plus de vingt ans de carrière. Je l’avais tellement dans la peau que je pensais sincèrement finir mes jours professionnels là-bas.

Qu’est-ce qui vous a poussée à quitter ce projet de cœur pour prendre la tête de M-Nails en 2026 ?

Angélique Gascoin : La vie est faite d’aléas et de virages. Des divergences de vision professionnelle m’ont poussée à quitter L’Onglerie. Au même moment, Gabriel Desloques, le fondateur de M-Nails avec qui j’entretenais d’excellentes relations depuis quinze ans, souhaitait prendre du recul sur l’opérationnel. Comme nous partagions exactement les mêmes valeurs et le même désir de professionnaliser notre secteur, la synergie était évidente. J’ai repris les rênes de sa marque avec la fierté de relever un immense défi.

Le marché de l’onglerie explose, notamment porté par les réseaux sociaux. Quels sont les dangers majeurs que vous observez dans ce « boom » actuel ?

Angélique Gascoin : Le problème, c’est que ce boom n’a pas pris la bonne direction. Le marché a pris une telle ampleur qu’il a complètement échappé au contrôle des autorités. Aujourd’hui, on fait face à de graves dérives techniques et sanitaires. On ne peut pas s’improviser prothésiste ongulaire avec des formations de 3 jours achetées sur Internet !

Chez M-Nails, on se démarque radicalement : nous ne faisons pas de la « marque blanche » où l’on colle juste une étiquette sur un flacon. Nous créons nos propres formules en usine avec nos expertes de terrain pour garantir le respect strict des normes cosmétiques européennes, là où beaucoup de produits importés ferment les yeux.

Vous êtes très engagée sur le terrain syndical. Quelles sont vos revendications pour structurer la profession ?

Angélique Gascoin : Mon grand cheval de bataille, c’est l’obligation d’un diplôme ou d’une formation longue certifiée pour avoir le droit d’ouvrir un salon. À l’époque, j’avais d’ailleurs créé le premier CFA de France dédié à l’onglerie. On doit former ces jeunes femmes à la perfection technique, mais aussi à la gestion. Faire des ongles peut être une passion, mais ouvrir un salon, c’est devenir chef d’entreprise.

Récemment, la Direction Générale des Entreprises (DGE) s’est enfin saisie du dossier et m’a demandée de monter à la table des négociations. On sort enfin du cliché méprisant du « truc de bonne femme ». C’est une question de considération et de santé publique : un travail mal fait, ce sont des maladies de peau, des panaris ou des mycoses graves, notamment pour les clients qui ont des métiers manuels.

Quels sont vos axes de développement et vos ambitions pour M-Nails à l’international ?

Angélique Gascoin : Notre cœur de business reste national, mais nous ouvrons de grandes portes à l’export. Déjà bien implantés au Luxembourg et en Suisse, nous ouvrons le Portugal à la rentrée et nous sommes en négociations très avancées avec le Canada et les Émirats pour structurer des réseaux de distributeurs. En parallèle, mon grand projet est de dupliquer notre savoir-faire en ouvrant des académies de formation M-Nails et, à terme, un tout nouveau CFA.

Quelles sont les nouvelles tendances de consommation que vous ciblez pour élargir votre clientèle ?

Angélique Gascoin : Nous explorons deux segments sous-exploités. D’abord, la beauté des mains et des pieds. La peau des mains vieillit aussi vite que celle du visage, et les pieds nous supportent toute notre vie ; il y a un potentiel énorme pour apporter des protocoles de soin rigoureux en institut. Ensuite, le travail du regard et la restructuration technique des sourcils sont en plein essor.

Enfin, nous ciblons de plus en plus les hommes. La prothésie ongulaire se démocratise : qu’il s’agisse de musiciens, comme les guitaristes qui viennent consolider leurs ongles pour jouer, ou simplement d’hommes soucieux de leur hygiène, les barrières de genre tombent. Même si la France a encore un train de retard par rapport aux États-Unis sur ce sujet, les mentalités évoluent.

En tant que femme chef d’entreprise, s’imposer dans ce milieu a-t-il été un combat particulier ?

Angélique Gascoin : Forcement. S’imposer face à des investisseurs ou des banquiers quand on est une femme blonde, frisée, avec de longs ongles, reste un défi pour la crédibilité immédiate. Mon investissement de longue date au Medef et dans les syndicats m’a heureusement aidée à forcer le respect et à prouver qu’il y avait une vraie vision stratégique derrière l’apparence. Pour autant, je ne me revendique pas du mouvement Girl Power : j’estime que les hommes et les femmes doivent avancer ensemble. J’ai d’ailleurs réussi ma carrière grâce au soutien d’hommes formidables, qu’il s’agisse de mon conjoint ou de Gabriel.

Un grand merci Angélique Gascoin, ce fut un plaisir. Nous suivrons de près les futurs projets de M-Nails.

Angélique Gascoin : Merci beaucoup à vous !

@angélique-gascoin ; @mnails

Interview @ch_taker

Photos @lambert.davis