Lucas fox Itinéraire d’un homme debout, de Motörhead aux mots

Lucas fox
Itinéraire d’un homme debout, de Motörhead aux mots

À l’occasion des 50 ans de Motörhead, une voix fondatrice refait surface, pleine de mémoire et de feu : celle de Lucas Fox, premier batteur du groupe mythique. De passage à la FNAC de Rochefort pour la sortie de son livre coup-de-poing « Motörhead In and Out – Entre autres histoires d’une vie exubérante », l’ex-compagnon de route de Lemmy nous livre bien plus qu’un récit rock’n’roll. Dans cette autobiographie intense, viscérale, Lucas remonte le fil de sa vie, de son enfance londonienne en pleine effervescence psychédélique aux coulisses explosives de Motörhead, entre excès, chutes et réinventions. Onze années de réflexion, six ans d’écriture, et une certitude : oser vivre, c’est déjà gagner.

«  Je me suis sauvé la vie en partant ». 

1/ Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ce livre maintenant, cinquante ans après la création de Motörhead ?

L.F : Quand j’ai revu Lemmy pour la dernière fois, ma mémoire est remontée à la surface… Mais pas que de Motörhead, également les souvenirs de mon enfance et je me suis demandé : comment un garçon bien éduqué et bien élevé a-t-il pu traverser tout ce que j’ai traversé, notamment ce qui concerne les années 60 à Londres qui étaient une explosion de couleurs… 

2/ Comment décrirais-tu ce livre ? Ce n’est pas un énième livre sur le rock… et combien de temps as tu mis pour l’écrire ?

L.F : Je l’ai écrit à la première personne, vu de l’intérieur et pas de l’extérieur. Déjà ça situe les lecteurs à l’intérieur de ma tête et donc l’intérieur de ma vie, pour la revivre comme si on y était. Il y a eu 11 ans de réflexion et 6 ans de travail. J’ai interviewé plein de gens, grâce à Facebook, je suis tombé sur 98 personnes qui étaient là à l’époque, qui ont partagé les expériences que j’ai eu et qui ont pu rajouter leur côté de l’histoire. Ce qui m’a donné des angles différents sur chaque histoire. J’ai pu étoffer les histoires grâce aux témoignages. C’est très cinématographique, très descriptif pour être vraiment en immersion. 

3/ Quel à été le passage le plus compliqué à écrire et pourquoi ? 

L.F : Ouh… il y en a un paquet… déjà la décision que j’ai prise de tout révéler. Il y a des passages très durs, comme la mort de ma mère, c’est très dur à revivre. Les moments de chutes, car j’en ai eu de grandes dans ma vie… tout n’a pas marché d’un coup. Certains des chapitres m’ont pris 3-4 semaines d’écriture.

4/ Tu dirais que ce livre à été une forme de thérapie pour toi ?

L.F : Oui complètement… J’ai revécu tout ça comme un film. C’est peut-être un peu prétentieux à dire, mais c’est un biopic littéraire. Je voulais transmettre quelque chose. Je n’avais pas d’exemple pour écrire comme ça. Je pense que j’ai pris un énorme risque en créant un style un peu différent.

5/ Quel est ton meilleur souvenir de la période où tu étais activement dans Motörhead ?

L.F : Je le dis parce que je le ressens, c’était la seconde où je me suis rendu compte qu’on avait un groupe, après tant d’espoirs. Le moment où Lemmy m’a convoqué pour le rejoindre dans un pub, c’était au Carlton Pub. J’arrive, comme souvent il allume deux clopes avec son Zippo, il m’en passe une et à travers un nuage de fumée, il me dit : « We are Motörhead, we’re gonna play rock’n’roll ! » C’est la première fois qu’il l’a dit à quelqu’un. Je me suis dit : Boum, on y va ! C’était un moment fort plaisant et explosif dans ma tête, pour un garçon qui n’avait que 22 ans. Tout d’un coup, tout devient possible et réel. 

6/ Avec le recul, y-a-t-il des choses que tu regrettes ou que tu aurais voulu faire différemment dans le groupe ?

L.F : C’est toujours intéressant… je ne vis pas avec des regrets. Je pense que c’est l’une des plus grandes leçons de ma vie, éviter de vivre avec des regrets. On ne regrette jamais les choses qu’on a essayées. Les choses que l’on regrette le plus, c’est ce qu’on aurait dû essayer. On peut changer sa vie et pour moi ce bouquin en est la preuve. 

7/ Tu dis dans ton livre qu’avoir quitté le groupe, ça t’a sauvé la vie, pourquoi ? 

L.F : Le groupe Motörhead une fois lancé, c’était impossible de l’arrêter… c’est parti comme une fusée. J’avais tout juste 22 ans quand on a créé Motörhead avec Lemmy. On prenait beaucoup, beaucoup de drogues, d’acides, LSD, fumait des joints à longueurs de journée, amphétamines… C’était quasiment quotidien. C’est devenu trop. Je me suis vraiment sauvé la vie en partant et en étant mis dehors. C’était une décision mutuelle, c’était le temps de passer à autre chose. 

8/ Le message que tu veux faire passer à travers ce livre : transmettre ton histoire et l’héritage des années 60, 70, 80 ?

L.F : Absolument et aussi ma devise : qui ose gagne. Quelque part en osant, notre vie est beaucoup plus riche. Il faut oser se casser la gueule. C’est ça qui rend la vie intéressante. Essayer de jouer avec la chance et de changer son destin. C’est parfaitement possible, je l’ai vécu. 

@lucasfox_fox1

Motörhead In and Out : Entre autres histoires d’une vie exubérante – @editions.grund.horscollection

Interview @CoralieLedoux

Crédit photos : @Saskia LAVAUD