Franck Desmedt
Un Messager sous les Étoiles de Terre-Neuve
Comédien virtuose et directeur du Théâtre de la Huchette, Franck Desmedt s’est lancé dans une quête fascinante : faire revivre les grandes figures du XXe siècle. Après avoir incarné avec passion Romain Gary et Joseph Kessel, il s’apprête à faire vibrer le Festival de Terre-Neuve le 12 juin prochain au château de Commequiers. Il nous livre ici les secrets de sa pièce « Saint-Exupéry, le commandeur des oiseaux”, un hommage vibrant à l’aviateur-écrivain, entre ciel et sable.
Vous consacrez depuis quinze ans une série de portraits aux grands témoins du siècle dernier. Qu’est-ce qui vous attire chez ces figures comme Kessel ou Saint-Exupéry ?
Je suis fasciné par ces destins qui se sentaient trop à l’étroit dans leur vie et qui ont eu envie de la faire craquer de partout. Ils ont eu plusieurs vies en une. Prenez Kessel : on connaît L’Armée des Ombres ou Belle de Jour par le cinéma, mais on oublie parfois l’homme derrière l’œuvre. Mon travail consiste, modestement, à faire ressortir ces grandes figures qui inspirent mon propre travail.
Dans votre pièce actuelle, vous incarnez Antoine de Saint-Exupéry. Quel portrait d’homme dessinez-vous sur scène ?
C’est une traversée de toute sa vie, de l’époque de l’Aéropostale jusqu’à sa fin tragique au large de Cassis. On y découvre un homme plein d’oxymores : un grand rêveur qui s’accomplit totalement dans l’action. C’est un esprit libre qui ne reconnaît aucun maître et n’a pas de figure tutélaire. Ce qui me touche particulièrement, c’est son rapport à la « grâce » de l’écriture, ce moment où les mots sonnent juste sans que l’on puisse décider de leur arrivée.
Le 12 juin, vous jouerez ce spectacle en plein air pour le Festival de Terre-Neuve. Jouer sous les étoiles, c’est le décor idéal pour évoquer l’auteur du Petit Prince ?
C’est fantastique ! Saint-Exupéry est un homme qui a les pieds dans le sable du désert mais la tête en permanence dans les étoiles. Je passe la moitié de la pièce dans mon cockpit, en vol. Jouer sous les étoiles, c’est sans doute le décor le plus fort et le plus naturel possible pour ce spectacle.
Sur scène, vous changez de personnage sans jamais changer de costume. Comment opérez-vous cette métamorphose ?
Je ne crois pas à la « peau » du personnage ; le théâtre part de soi. Le costume n’est qu’un support visuel. Cela ne me gêne pas de porter les mêmes vêtements pour incarner Consuelo (le grand amour de Saint-Ex), le général de Gaulle ou son traducteur américain. Au théâtre, on ne fait pas semblant, on fait « comme si ». Il faut simplement faire résonner en nous des histoires qui ne sont pas les nôtres.
Vous tournez actuellement avec deux spectacles, Kessel et Saint-Exupéry. N’est-ce pas épuisant de passer d’un univers à l’autre ?
C’est surtout énergivore car les énergies sont opposées. Kessel a les deux pieds dans la terre, il est dans l’action pure. Saint-Exupéry, lui, plane et semble parfois mal à l’aise avec le réel. Il m’arrive de jouer les deux le même jour : je commence à 19h avec l’un et je sors de scène à 22h30 avec l’autre. C’est comme faire deux fois le tour du monde ! (rires)
En nous racontant ces destins « plus grands que nous », Franck Desmedt nous rappelle que l’impossible n’est qu’un mot vidé de son sens pour ceux qui décident d’agir. Une invitation au voyage et au dépassement de soi à ne pas manquer sous le ciel vendéen. Rendez-vous est pris le 12 juin pour une soirée la tête dans les étoiles.
SOURCES
https://www.instagram.com/franckdesmedt_/
Interview @elisahumann
Photos : Frédérique Toulet.