Franz Ferdinand
« En studio, il ne faut pas penser aux envies du public ».

Suite au départ du batteur Paul Thomson et à la sortie du best-of, Hits To The Head, on les croyait fini, condamnés à des tournées anniversaires. Avec The Human Fear, les Écossais affichent au contraire une forme insolente, condensée en onze morceaux immédiats, aussi joueurs que puissants. Suffisamment en tout cas pour rappeler à qui en douterait encore qu’Alex Kapranos, Bob Hardy et le reste de la bande sont bel et bien parmi les plus gros pourvoyeurs de tubes rock des deux dernières décennies.

Ce nouvel album parle de peur. Est-ce qu’à un moment donné, ces dernières années, vous avez eu peur de ne pas réussir à produire un nouvel album de Franz Ferdinand ?

Bob Hardy : Pas du tout ! On travaille sur The Human Fear depuis assez longtemps pour être avant tout excité par sa sortie. Tu sais, il s’agit peut-être du seul album de Franz Ferdinand pour lequel tout a été facile en studio. Nos chansons étaient prêtes, on en était fier, ce n’était donc pas du dur labeur. On avait surtout l’impression de nous amuser.

Juste avant The Human Fear, vous avez sorti un best-of (Hits to the Head, 2022). Avez-vous tout de même eu peur que le public se dise que Franz Ferdinand avait peut-être fait son temps ? 

Bob Hardy : Ce best-of, on le voit plutôt comme une ligne de démarcation dans notre carrière. Il y a le Franz Ferdinand d’avant, compilé sur Hits To The Head, et il y a celui d’aujourd’hui, complètement redynamisé. C’est l’avantage des best-of, finalement : se pencher sur son passé pour revenir avec un nouvel état esprit et des morceaux plus frais.

« Jouer chaque soir nos classiques des vingt dernières années nous a permis de comprendre qui nous étions. »

Quand on est présent comme vous depuis plus de vingt ans, la difficulté est effectivement de se renouveler. Sur le plan musical, mais aussi au niveau des émotions. Comment avez-vous abordé cet aspect-là ?

Bob Hardy : Les thèmes de nos chansons ont toujours été les mêmes. Il s’agit avant tout de parler de l’expérience humaine, de l’amour, de la mort, des relations amoureuses ou amicales. Ce sont de grands thèmes, au sein desquels il est possible de puiser sans cesse de nouvelles idées. Du moins, tant que vous êtes excité par la vie (rires).

The Human Fear donne l’impression de renouer avec le son de vos débuts, que vous approchez avec sans doute plus de maîtrise et de liberté. Était-ce important de recentrer votre propos après un album comme Always Ascending, plus synthétique ?

Bob Hardy : Le fait de remonter sur scène pour jouer chaque soir nos classiques des vingt dernières années nous a permis de comprendre qui nous étions. Il fallait que l’on soit Franz Ferdinand sur cet album, ce qui signifie revenir à des gros riffs de guitare et à des mélodies qui s’appuient sur un groove prononcé. Comme tu le dis, on a aussi plus de certitudes aujourd’hui, ce qui nous permet d’explorer sans crainte les aspects les plus ésotériques de nos vies. Sur notre premier album, par exemple, « 40 » dévoilait de légères sonorités puisées dans le répertoire traditionnel grec. Aujourd’hui, Alex, qui est à moitié grec, assume beaucoup sa passion pour ces musiques avec « Black Eyelashes », un titre qui sonne très Franz Ferdinand et qui a pourtant été composé avec un bouzouki.

« Lors de la toute première session du groupe, on s’est dit que l’on voulait faire de la dance music composée par un groupe de rock. Tout était déjà là, le rythme et la voix. »

Tu faisais allusion au groove. Avec la voix d’Alex, je dirais qu’il s’agit là des deux éléments les plus caractéristiques du son de Franz Ferdinand. Es-tu d’accord ?

Bob Hardy : Je dirais que la voix d’Alex joue un rôle encore plus important. Le soir où l’on a décidé de former le groupe, Alex, qui avait d’autres projets musicaux à l’époque, m’a joué quelques-unes de ses chansons au piano. J’étais conquis, et cela en grande partie grâce à la force de sa voix, avec laquelle il peut transmettre beaucoup d’émotions très simplement et de manière très frontale. Je n’aurais pas formé un groupe avec n’importe qui, c’est clairement sa voix qui m’a attirée. Quant au groove, c’est quelque chose qui est également présent depuis nos débuts. Lors de la toute première session du groupe, on s’est dit que l’on voulait faire de la dance music composée par un groupe de rock. Tout était déjà là, le rythme et la voix. 

« Take Me Out », « Darts of Pleasure » ou « Do You Want To » sont d’immenses tubes. Est-ce que l’on recherche nécessairement à reproduire le même type de succès quand on y a goûté ?

Bob Hardy : On se sent évidemment chanceux de posséder de telles chansons dans notre répertoire, elles nous ont permis de tourner dans le monde entier et de toucher des millions de personnes. Le danger reste malgré tout de chercher à les reproduire. La pression serait trop forte, on n’y arriverait pas. Au moment d’entrer en studio, il vaut mieux ne pas penser aux envies du public, prendre des risques et composer ce qui vous fait vibrer à l’instant T.

À quel point, justement, les tonalités mélancoliques vous intéressent ? « Eleanor Put Your Boots On » est un de vos plus grands classiques, « Tell Me I Should Stay » et « Cats » explorent les mêmes teintes sur The Human Fear, mais j’ai l’impression que ce n’est pas ce genre d’émotion qui prime chez vous ?

Bob Hardy : Oh non, détrompe-toi ! J’ai grandi en écoutant The Smiths et New Order, j’aime l’idée de danser sur des musiques tristes, tu sais. D’ailleurs, je pense qu’il y a toujours un fond de mélancolie dans nos chansons, y compris dans « Everyday dreamer », pourtant très groovy et puissante de prime abord. C’est un équilibre que nous aimons. Mais c’est vrai aussi que les gens semblent retenir autre chose de nos morceaux, comme l’efficacité des mélodies ou l’humour contenu dans les paroles d’Alex.

@ franzferdinand.com

@ la-sirene.fr – La Rochelle – le 07/06/2025 – COMPLET

The Human Fear (Domino rec- disponible)